“SOYEZ TRÈS TRÈS NERVEUX” *

(* Trump, 10 août)

 Il n’y a aucun danger que dans l’immédiat une guerre puisse commencer entre les États-Unis et la Corée du Nord (sauf accident, une possibilité qui ne peut pas être entièrement exclue). Mais le fait même que les dirigeants de ces pays menacent ouvertement d’utiliser des armes nucléaires, d’engager une guerre totale et de causer la destruction d’un peuple entier est significatif. Un tel langage de furie de la part du régime nord-coréen n’est pas surprenant. Depuis très longtemps celui-ci n’a cessé de dissimuler sa faiblesse derrière ses fanfaronnades. Mais il est plutôt alarmant qu’on ne soit pas trop surpris par le fait que le gouvernement des États-Unis affirme la possibilité de la destruction totale d’un pays. Quelques sourcils ont été froncés, bien sûr, mais il n’y a pas eu de protestation mondiale massive à propos de la pure folie qu’incarne ce scénario.

Aucune guerre nucléaire n’est imminente, mais la guerre de mots avec la Corée du Nord sert à nous vacciner contre l’idée que cela inconcevable,  à  nous habituer à l’idée que «l’intérêt national» peut l’exiger, que ceux qui s’y opposent sont des mauviettes ou des traîtres. C’est un signe de plus de la trajectoire de plus en plus destructrice du capitalisme mondial.

Comme une bagarre de cour d’école, le conflit va se  désintensifier . Mais  il ne disparaîtra pas. La position de la classe dirigeante nord-coréenne est essentiellement défensive. L’expansion de son territoire ou la conquête de marchés ne sont pas ses objectifs. Elle veut rester au pouvoir. Son pouvoir dépend en premier lieu de la terreur, de la militarisation de toute la société et de  son isolement forcé du monde extérieur. Mais pas seulement de la terreur : la fierté nationaliste et le mythe de David-contre-Goliath jouent un rôle cohésif important. Pour l’entretenir, le régime nord-coréen doit rester dans la position de David, ce qui signifie qu’il doit continuer à défier Goliath (les États-Unis). Ses tests de missiles ont donc une double fonction: c’est un spectacle adressé au front intérieur et un avertissement aux États-Unis que la Corée du Nord ce n’est n’est pas l’Irak. Des deux, le premier est probablement le plus important.

Des sanctions économiques sont imposées à la Corée du Nord, mais, comme d’habitude, elles affament les affamés, rendent les pauvres encore plus pauvres et causent peu d’inconvénients pour la classe dirigeante. Celle-ci  accepte apparemment de perdre un tiers de ses exportations (si tel est effectivement le prix) pour maintenir le mythe de David. Ce qui, de l’autre côté de l’océan, prend la forme du mythe du dictateur fou qui veut nous détruire, ce qui donne à nos dirigeants le droit de faire «tout ce qu’il faudra» pour nous protéger. Kim Jong-un a besoin d’un ennemi étranger, mais Trump en a besoin aussi, pour justifier l’accumulation des dépenses militaires et pour nous distraire du vide de ses promesses.

Ainsi, le spectacle continuera, mais ne restera-t-il qu’un spectacle ? La dynamique sous-jacente du capitalisme mondial, en crise et confrontée à une tension croissante entre l’accumulation du capital et la reproduction sociale, nous conduit à de plus en plus de violence et de destruction, destruction de l’environnement naturel mais aussi de ses habitants “inutiles” (pour la capital). La cause de cela est plus profonde que l’état d’esprit ou la politique des dirigeants en charge. C’est dans la logique même du capitalisme qu’elle se trouve. Ce n’est pas la folie de Kim ou de Trump qui est en question mais celle du système lui-même, un système qui doit être aboli pour empêcher que de telles batailles verbales ne deviennent des guerres de destruction massive.

 

Sander, 12 août 2017

 

 

 

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