{"id":320,"date":"2017-06-05T19:03:37","date_gmt":"2017-06-05T19:03:37","guid":{"rendered":"https:\/\/internationalistperspective.org\/staging\/3363\/?p=320"},"modified":"2026-05-31T17:18:09","modified_gmt":"2026-05-31T17:18:09","slug":"le-monde-tel-que-nous-le-voyons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/internationalistperspective.org\/staging\/3363\/le-monde-tel-que-nous-le-voyons\/","title":{"rendered":"LE MONDE TEL QUE NOUS LE VOYONS"},"content":{"rendered":"<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Depuis son d\u00e9but, Perspective Internationaliste (PI) a cru \u00e0 l&#8217;importance de la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire, parce que, \u00e0 notre avis, la r\u00e9volution communiste ne peut \u00eatre qu\u2019un acte conscient de transformation sociale, et non une aventure dans laquelle la classe ouvri\u00e8re tr\u00e9buche inconsciemment, pouss\u00e9e automatiquement par des crises et catastrophes. Mais nous avons cru aussi que la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire n\u2019est pas un produit fini, qu&#8217;elle n\u2019est pas un programme pr\u00e9existant qui doit simplement \u00eatre assimil\u00e9 et appliqu\u00e9. Ces deux id\u00e9es fausses \u00e9taient et sont pr\u00e9sentes dans la Gauche Communiste traditionnelle, le courant politique duquel notre groupe est originaire.<\/p>\n<p>Nous nous identifions encore avec la Gauche Communiste, avec sa lutte contre la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me Internationale, avec sa d\u00e9fense in\u00e9branlable des positions r\u00e9volutionnaires, m\u00eame dans les temps les plus sombres. Cependant, certains d\u2019eux ont conclu que la th\u00e9orie est sans importance parce que la classe ouvri\u00e8re sera simplement contrainte par les conditions \u00e9conomiques de renverser le capitalisme, tandis que d&#8217;autres ont affirm\u00e9 que la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire est achev\u00e9e pour l\u2019essentiel et doit simplement \u00eatre absorb\u00e9e par la classe. Ce fut ce dernier point de vue qui, en 1985 a conduit \u00e0 une scission entre ceux qui constitu\u00e8rent PI et l&#8217;organisation dont ils faisaient partie, le Courant Communiste Internationaliste (CCI). Cette ann\u00e9e-l\u00e0, la CCI avait adopt\u00e9 la position selon laquelle &#8220;la\u00a0 conscience de classe\u201d \u00e9tait diff\u00e9rente de la \u201cconscience de la classe\u201d, que la th\u00e9orie marxiste incarne la premi\u00e8re, et qu&#8217;il faudra une arm\u00e9e toujours plus large de militants pour diffuser la conscience de classe dans la classe. Ce dogme ne pouvait pas \u00eatre contest\u00e9 et ceux qui n\u2019\u00e9taient pas d\u2019accord ont \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement mis \u00e0 la porte.<\/p>\n<p>Notre position sur la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire \u00e9tait ce qui nous distinguait en premier lieu du CCI. Au d\u00e9but, nous nous appelions \u00abFraction externe du CCI&#8221; (FECCI) pour indiquer que nous nous \u00e9loignons, non pas de la plate-forme du CCI, mais de sa vision de la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire et des cons\u00e9quences qu&#8217;il en tirait. Le CCI, pour qui la th\u00e9orie \u00e9tait un fait accompli, se concentrait sur le d\u00e9veloppement de son organisation afin de mieux accomplir la t\u00e2che de propagation de cette th\u00e9orie. Des discussions ont eu lieu sur base de cet objectif primordial, mais il n&#8217;y avait aucune tol\u00e9rance pour ceux qui trouvaient la th\u00e9orie manquante, qui voyaient la n\u00e9cessit\u00e9 de la remettre en question, de la critiquer et la d\u00e9velopper. L&#8217;\u00e9volution du CCI illustre amplement les tristes cons\u00e9quences d&#8217;une telle vue fossilis\u00e9e de th\u00e9orie. <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Par contre, la premi\u00e8re chose que nous avons dite \u00e0 propos de notre projet dans le r\u00e9sum\u00e9 de nos positions sur la couverture arri\u00e8re de notre publication, \u00e9tait que nous nous sommes bas\u00e9s sur le marxisme, mais comme \u201c th\u00e9orie vivante, capable de revenir \u00e0 ses sources, de produire sa propre critque et de se d\u00e9velopper en fonction de l\u2019evolution sociale historique \u00bb Et aussi.:<\/p>\n<p>&#8220;PI ne vise pas \u00e0 apporter \u00e0 la classe un programme politique achev\u00e9, mais plut\u00f4t \u00e0 participer au processus g\u00e9n\u00e9ral de clarification qui se d\u00e9roule au sein de la classe ouvri\u00e8re &#8220;.<\/p>\n<p>Pour nous, ce processus de clarification n\u00e9cessite un d\u00e9veloppement th\u00e9orique qui peut seulement se produire par la discussion, par la confrontation des positions divergentes, le questionnement de ce qui a \u00e9t\u00e9 consider\u00e9 comme acquis, tout en \u00e9tant ouverts \u00e0 des nouvelles id\u00e9es et en approfondant notre analyse de la constante \u00e9volution des conditions politiques, \u00e9conomiques et sociales.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but, il \u00e9tait clair pour nous que ce n\u2019\u00e9tait pas une t\u00e2che qui nous \u00e9tait reserve, donc nous nous sommes orient\u00e9s vers d&#8217;autres groupes et individus pro-r\u00e9volutionnaires, les invitant \u00e0 d\u00e9battre, les poussant \u00e0 abandonner les pratiques sectaires et concurrentielles. Nous avons soulign\u00e9 que, pour ce d\u00e9bat soit fructueux, tout forme d&#8217;intimidation doit \u00eatre rejet\u00e9e, que les arguments fond\u00e9s sur une autorit\u00e9 (Marx ou quiconque) ne comptent pas, et bien s\u00fbr, que la violence ou la menace de celle-ci est totalement inacceptable. D\u00e9velopper la th\u00e9orie veut dire approfondir notre compr\u00e9hension de la r\u00e9alit\u00e9. Par cons\u00e9quent, elle doit \u00eatre inform\u00e9e par l&#8217;\u00e9tude de la r\u00e9alit\u00e9, de l&#8217;histoire ainsi que des conditions actuelles. Mais elle doit aussi \u00eatre inform\u00e9e par l&#8217;intuition et l&#8217;exp\u00e9rience, de la vie quotidienne et la participation aux luttes. Les questions th\u00e9oriques sont toujours aussi des questions <em>politiques<\/em>; th\u00e9orie et praxis politique sont int\u00e9gralement li\u00e9s. PI rejette l&#8217;approche de la th\u00e9orie comme existante en dehors de la politique,\u00a0 ainsi que la vue qui s\u00e9pare les efforts th\u00e9oriques de la praxis de notre propre vie.<\/p>\n<p>Cette approche de notre t\u00e2che th\u00e9orique nous a amen\u00e9s loin de notre point de d\u00e9part, la plate-forme de la CCI, dont les failles th\u00e9oriques sont devenues de plus en plus \u00e9videntes pour nous. Par cons\u00e9quent nous avons abandonn\u00e9 le nom \u2018Fraction Externe du CCI\u2019 et adopt\u00e9 le nom de notre publication \u201cPerspective Internationaliste\u201d. En 1994, nous avons publi\u00e9 un texte intitul\u00e9 &#8220;Le monde tel que nous le voyons \u2014 Points de rep\u00e8re &#8220;<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> qui r\u00e9sumait notre analyse globale, inform\u00e9e par les changements r\u00e9els dans la soci\u00e9t\u00e9 et le travail th\u00e9orique critique que nous avions fait jusque l\u00e0. Mais ce travail n\u2019\u00e9tait pas encore assez profound que pour nous d\u00e9barrasser des vestiges du cadre d\u00e9terministe et m\u00e9canique du marxisme traditionnel, et nous avions encore \u00e0 d\u00e9couvrir certaines id\u00e9es essentielles de Marx, comme son analyse du f\u00e9tichisme de la marchandise, qui, pour le \u00abmarxisme traditionnel\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> ne sont que des notions abstraites sans cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>La plupart des efforts th\u00e9oriques de PI ont \u00e9t\u00e9 fait apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture du texte de r\u00e9f\u00e9rence de 1994. Outre nos propres efforts (\u00e9tudiant et d\u00e9veloppant la th\u00e9orie de crises, analysant la restructuration du capital et la r\u00e9composition des classes, le capitalisme d&#8217;\u00c9tat, la trajectoire du capital, et l&#8217;histoire de la lutte de classe, etc.) nous avons \u00e9t\u00e9 fortement aid\u00e9s par notre prise de\u00a0 conna\u00eessance des textes que Marx a \u00e9crit plus tard dans son vie qui, jusqu&#8217;\u00e0 r\u00e9cemment, n\u2019\u00e9taient pas encore publi\u00e9s, ainsi que par le d\u00e9veloppement de la th\u00e9orie marxiste pro-r\u00e9volutionnaire en dehors de la Gauche Communiste traditionnelle (comme <em>Wertkritik<\/em> et le courant <em>communisateur<\/em>), et parfois m\u00eame par la recherche et l&#8217;analyse des non-marxistes, et par des moyens fournis par l&#8217;Internet pour d\u00e9battre et communiquer.<\/p>\n<p>Nous pensons que notre compr\u00e9hension de la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019est approfondie. Le texte que nous avons \u00e9crit en 1994 n\u2019est plus un pr\u00e9sentation ad\u00e9quate du &#8220;monde tel que nous le voyons.&#8221; Par cons\u00e9quent, nous avons \u00e9crit un nouveau texte de r\u00e9f\u00e9rence. Tout les membres de PI y ont contribu\u00e9 et nous l\u2019avons discut\u00e9 \u00e0 fond. Pourtant, nous ne le voyons pas comme un texte fini. Nous sommes conscients que beaucoup de travail reste \u00e0 faire, en particulier en ce qui concerne les processus de la conscience, le processus de r\u00e9ification. Mais voici \u201cLe monde tel que nous le voyons\u201d. Anno 2016.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Le Capitalisme d\u00e9truit notre Monde<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>En d\u00e9pit du nombre croissant de catastrophes naturelles et des avertissements de ses propres scientifiques, le capitalisme continue de piller l\u2019environnement et de causer des changements climatiques catastrophiques, parce que la n\u00e9cessit\u00e9 de poursuivre des profits et d\u2019accumuler la valeur l\u2019emporte sur tout autre int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d\u00e9pit du fait \u00e9vident que r\u00e9duire la demande aggrave la surcapacit\u00e9, le capitalisme ne peut faire autrement qu\u2019imposer l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, attaquer les salaires et surtout le salaire social (pensions, couvertures m\u00e9dicales, allocations de ch\u00f4mage, etc.) puisque la source de son profit n\u2019est autre que l\u2019exploitation. Accul\u00e9 par sa propre crise, le capitalisme est contraint d\u2019intensifier l\u2019exploitation et de r\u00e9duire les frais qui ne g\u00e9n\u00e8rent pas du profit, quelles qu\u2019en soient les cons\u00e9quences sociales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de l\u2019existence de connaissances sociales et de ressources productives qui rendraient l\u2019\u00e9radication de la pauvret\u00e9 tout \u00e0 fait possible, le capitalisme engendre toujours plus de famine, de sans-abris, de bidonvilles, de maladies, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9,\u00a0 d\u2019\u00e9tats d\u00e9pressifs et de suicides.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d\u00e9pit du fait que les nouvelles technologies de l\u2019information ont le potentiel de cr\u00e9er plus de temps libre pour tous, celles-ci sont utilis\u00e9es par le capitalisme dans sa course au profit afin d\u2019augmenter l\u2019intensit\u00e9 de travail de certains tout en rendant inutile le travail d\u2019autres personnes. Le capitalisme utilise les technologies de l\u2019information pour int\u00e9grer le monde entier, mais aussi pour expulser de plus en plus de personnes de la chaine d\u2019assemblage globalis\u00e9e, d\u00e9truisant ainsi leur moyen de survie. Telle est la direction in\u00e9vitable prise par le capitalisme, m\u00eame dans les pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s. La pr\u00e9carit\u00e9 et l\u2019incertitude m\u00eame d\u2019avoir un boulot, devient une caract\u00e9ristique <em>permanente<\/em> et omnipr\u00e9sente de l\u2019existence prol\u00e9tarienne dans notre \u00e9poque. Mais dans les pays plus pauvres, o\u00f9 la crise a engendr\u00e9e des taux de ch\u00f4mages massifs et des guerres, cette tendance est encore plus marqu\u00e9e. Jamais le nombre d\u2019\u00e9migrants a \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9e (59 millions \u00e0 ce jour). D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, ils tentent de fuir, comme les passagers sur les ponts inf\u00e9rieurs du Titanic en naufrage, se ruant \u00e0 l\u2019\u00e9tage, o\u00f9 un orchestre jouait et personne ne se noyait encore.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de l\u2019\u00e9vidence que les dangers mena\u00e7ant l\u2019humanit\u00e9 requi\u00e8rent des solutions globales, le capitalisme, fond\u00e9 sur la concurrence, est incapable de les fournir. Au contraire, sa crise stimule la concurrence par n\u2019importe quel moyen. Il encourage la corruption, les crimes et les guerres. La religion, l\u2019ethnicit\u00e9, le nationalisme ainsi que d\u2019autres id\u00e9ologies sont utilis\u00e9es pour masquer l\u2019essence de ces conflits, un combat pour la possession de capital.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous vivons dans une \u00e9poque de crises: une crise de la relation de l\u2019humanit\u00e9 avec la nature; une crise de\u00a0la reproduction sociale d\u2019une partie croissante de la population mondiale; une crise \u00e9conomique; une crise financi\u00e8re; une crise de la sant\u00e9 mentale; une crise existentielle\u2026 Leurs causes semblent complexes et diverses, et elles le sont, en effet, mais elles s\u2019inscrivent toutes dans le contexte commun de la conqu\u00eate du monde par le capitalisme. Le capitalisme a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, d\u00e9velopp\u00e9 et unifi\u00e9 <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> la soci\u00e9t\u00e9 humaine dans son int\u00e9gralit\u00e9. Il a ainsi cr\u00e9\u00e9 un monde avec lequel il n\u2019est plus compatible. Par cons\u00e9quent, la contradiction entre les besoins humains et les besoins de capital devient de plus en plus flagrante. Voil\u00e0 donc ce qui aggrave et rassemble tous ces diff\u00e9rents formes de crise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le capitalisme nous conduit \u00e0 l\u2019autodestruction. Le seul moyen de l\u2019arr\u00eater est de d\u00e9truire le capitalisme. Le conflit fondamental de notre \u00e9poque se situe entre la logique du capitalisme et la volont\u00e9 de survie de l\u2019humanit\u00e9, exprim\u00e9e par la r\u00e9sistance du prol\u00e9tariat. Mais quelles sont les implications de la logique du capital? Qu\u2019est-ce que r\u00e9ellement le capitalisme ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong> Qu&#8217;est-ce que le capitalisme\u00a0?<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Historiquement, le capitalisme appara\u00eet comme une forme sp\u00e9cifique d&#8217;organisation sociale, un syst\u00e8me qui se maintient exclusivement sur la base de son incessante expansion. Bien s\u00fbr, toutes les formes d&#8217;organisation sociale doivent se reproduire, mais seul le capitalisme vit essentiellement pour et par sa propre croissance \u00e9conomique. Dans les autres formes sociales, la production est au service de la vie sociale. Dans le capitalisme, au contraire, la vie sociale est enti\u00e8rement au service de la production et les profits constituent le seul objectif du syst\u00e8me. La cons\u00e9quence de cet imp\u00e9ratif d&#8217;expansion est la mon\u00e9tisation de tous les aspects de la vie ainsi que la mon\u00e9tisation de toutes les ressources de l&#8217;environnement naturel. Au bout du compte, tout aura un prix. Cette quantification de la vie par les relations mon\u00e9taires a \u00e9rod\u00e9 les liens humains les plus essentiels qui constituent la base de la communaut\u00e9 humaine. Dans certains cas, cette \u00e9rosion se produit graduellement et m\u00eame de fa\u00e7on imperceptible\u00a0; dans d&#8217;autres, de fa\u00e7on violente comme lors des colonisations ou de la transformation de la terre en une seule usine. Les id\u00e9ologues du capitalisme voudraient nous faire croire que le capitalisme est le produit de la &#8220;tendance naturelle\u00a0 de l&#8217;homme au troc et \u00e0 l&#8217;\u00e9change&#8221; \u00e0 son avantage personnel, comme le dit la fameuse formulation d&#8217;Adam Smith\u00a0; il serait l&#8217;expression sociale de la nature humaine. Mais l&#8217;histoire du capitalisme nous montre une toute autre r\u00e9alit\u00e9. Depuis sa naissance et jusqu&#8217;\u00e0 tout ce que nous voyons aujourd&#8217;hui,\u00a0 l&#8217;histoire du capitalisme s&#8217;est \u00e9crite dans la boue et dans le sang. Cette histoire comprend\u00a0: la privatisation par la force des terres communes (<em>enclosures<\/em>), le travail forc\u00e9 par les lois contre le vagabondage (le probl\u00e8me des sans-abri), la colonisation, le commerce des esclaves, le travail des enfants, les zones \u00e9conomiques militaris\u00e9es, l&#8217;ouverture et la fermeture de march\u00e9s par la force, et les guerres sans fin pour des int\u00e9r\u00eats de comp\u00e9tition \u00e9conomique. Tout cela est provoqu\u00e9 par les besoins d&#8217;expansion du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Les id\u00e9ologues voudraient aussi nous faire croire que le capitalisme est un syst\u00e8me stable, d\u00e9crit comme un \u00e9quilibre dynamique qui innove en permanence en vue d&#8217;am\u00e9liorer les vies de la multitude. Par moments le capitalisme offre une apparence de stabilit\u00e9 dans ses zones centrales, mais dans les p\u00e9riph\u00e9ries de son extension le capitalisme d\u00e9ploie toujours une sauvagerie qui d\u00e9passe l&#8217;imagination. En m\u00eame temps que le capitalisme se bat pour acc\u00e9l\u00e9rer l&#8217;imp\u00e9ratif de produire toujours plus &#8211; entrant dans une phase qu&#8217;aujourd&#8217;hui nous pourrions appeler d'&#8221;hyper-industrialisation&#8221;\u00a0<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0&#8211; il laisse derri\u00e8re lui, m\u00eame dans ses zones centrales, un gigantesque g\u00e2chis de ressources humaines et mat\u00e9rielles. Detroit est une remarquable illustration de ces terres en friche modernes. En m\u00eame temps qu&#8217;il produit une richesse spectaculaire \u00e0 des vitesses toujours plus \u00e9lev\u00e9es, le capitalisme engendre encore plus rapidement et globalement une d\u00e9gradante et \u00e9reintante pauvret\u00e9, cause, entre autres, de la plus grande migration humaine des temps modernes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9e sa tendance historique \u00e0 s&#8217;\u00e9tendre pour s&#8217;\u00e9tendre, d\u00e9vorant sans cesse notre avenir, \u00e9tant donn\u00e9e la mis\u00e8re qui accompagne sa production de richesses et \u00e9tant donn\u00e9e la profondeur de la crise actuelle, comment le capitalisme parvient-il \u00e0 subsister\u00a0? En derni\u00e8re instance, il se d\u00e9fend lui-m\u00eame contre toute opposition par la force polici\u00e8re et militaire, mais infiniment plus efficacement par l&#8217;incorporation directe de la subjectivit\u00e9 sociale dans le m\u00e9canisme productif de la vie sociale quotidienne. C&#8217;est le sujet mon\u00e9tis\u00e9 qui reproduit les rapports sociaux capitalistes m\u00eame dans la plus petite activit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En termes simples, le capitalisme est le r\u00e9sultat d&#8217;une convergence unique entre 1) une source abondante de travail &#8220;libre&#8221;, 2) une accumulation de capital sous forme mon\u00e9taire, 3) l&#8217;apparition d&#8217;un appareil d\u2019\u00c9tat capable de r\u00e9guler un nouveau r\u00e9gime de production\/distribution. Travail &#8220;libre&#8221; veut dire dans ce cas du travail <em>prol\u00e9taris\u00e9<\/em> ou une masse de travailleurs qui ne poss\u00e8dent pas les moyens de reproduire leur vie de fa\u00e7on autonome, et sont de ce fait contraints de vendre leur force de travail comme une unit\u00e9 de temps en \u00e9change d&#8217;un salaire vers\u00e9 par le capitaliste. Les travailleurs sont &#8220;libres&#8221; aussi dans le sens o\u00f9 ils peuvent choisir de vendre leur force de travail au plus offrant ou de ne pas la vendre du tout, contrairement \u00e0 ce qui se passait dans les syst\u00e8mes pr\u00e9-capitalistes o\u00f9 le travail \u00e9tait une obligation politique, sociale, voire m\u00eame spirituelle. Dans les formes sociales pr\u00e9-capitalistes, le surplus cr\u00e9\u00e9 par le travail \u00e9tait pr\u00e9lev\u00e9 au travailleur\/paysan de fa\u00e7on directe et visible. Le capitalisme a impos\u00e9 une nouvelle forme d&#8217;expropriation en ensevelissant celle-ci dans les profondeurs du syst\u00e8me productif lui m\u00eame plut\u00f4t que dans la sph\u00e8re de la circulation o\u00f9 elle peut \u00eatre vue de tous. Ce nouveau rapport \u00e9conomique absout le capitaliste de toute obligation sociale, politique ou spirituelle \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9. Dans les faits, l&#8217;\u00e9change entre le travailleur et le capitaliste &#8211;\u00a0temps de travail contre salaire\u00a0&#8211; appara\u00eet comme un \u00e9change \u00e9galitaire pratiqu\u00e9 sans aucune contrainte sociale ou politique. Les travailleurs acceptent que leur temps de travail ait la valeur de leur salaire et ainsi, au bout de la journ\u00e9e, toutes les obligations r\u00e9ciproques sont remplies. Il en est ainsi, du moins en apparence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant, pour arbitrer ce nouveau rapport, le capitalisme a aussi besoin que la richesse soit exprim\u00e9e et mise en circulation sous sa forme mon\u00e9taire. C&#8217;est \u00e0 travers la forme argent que l&#8217;expropriation est cach\u00e9e. La caract\u00e9ristique essentielle de la monnaie est qu&#8217;elle rend possible l&#8217;apparition d&#8217;une forme universelle de valeur gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9change permanent, non pas en cr\u00e9ant une \u00e9quivalence entre une marchandise et une autre mais en cr\u00e9ant une \u00e9quivalence entre toutes les marchandises et chacune d&#8217;entre elles par la m\u00e9diation de l&#8217;\u00e9change mon\u00e9taire. L&#8217;argent devient ainsi l&#8217;expression de la valeur universelle. Mais de quoi la valeur est-elle l&#8217;expression\u00a0? Le capitalisme a \u00e9tabli la valeur non pas dans la marchandise elle-m\u00eame, en tant qu&#8217;objet particulier, mais plut\u00f4t comme mesure du temps de travail social moyen n\u00e9cessaire pour produire cet objet. De cette fa\u00e7on le capital rend toutes les marchandises commensurables sur la base du travail et peut ainsi pr\u00e9tendre que les marchandises s&#8217;\u00e9changent \u00e0 leur valeur r\u00e9elle, c&#8217;est-\u00e0-dire, au co\u00fbt total de production. La valeur elle-m\u00eame entre dans un \u00e9tat de transformation permanente\u00a0: l&#8217;argent devient des machines, des mati\u00e8res premi\u00e8res et du travail\u00a0; les mati\u00e8res premi\u00e8res, les machines et le travail deviennent des marchandises\u00a0; les marchandises deviennent \u00e0 nouveau de l&#8217;argent et le cycle se poursuit <em>ad infinitum<\/em> dans une spirale toujours croissante. L&#8217;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, mesur\u00e9e maintenant en valeur, devient une apparence \u00e9vanescente. <em>&#8220;L&#8217;accumulation de profits et de capital provient de la part non pay\u00e9e de la journ\u00e9e de travail, la source cach\u00e9e de l&#8217;expropriation.&#8221; <\/em>(Voir Marx, Le Capital, livre I)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le capitalisme appara\u00eet alors comme un vaste r\u00e9seau d&#8217;\u00e9changes o\u00f9 tous les biens circulent gr\u00e2ce \u00e0 un flot infini d&#8217;argent. En surface, l&#8217;argent appara\u00eet comme le garant ultime de la libert\u00e9 et de l&#8217;\u00e9galit\u00e9. Dans le royaume de la circulation, au moment de la distribution des biens, chacun est l&#8217;\u00e9gal de l&#8217;autre, sans aucun privil\u00e8ge particulier, sous la gouvernance d&#8217;une totale sym\u00e9trie sociale. Le dollar d&#8217;une femme de chambre a la m\u00eame valeur que celui d&#8217;un baron du p\u00e9trole. En cons\u00e9quence chacun peut en disposer en toute libert\u00e9. En fin de compte, tel est le sens des mots libert\u00e9 et \u00e9galit\u00e9 dans le contexte capitaliste et la source de l&#8217;extraordinaire pouvoir du capital sur ses sujets. Cependant, dans le royaume de la production il existe un rapport de pouvoir asym\u00e9trique entre l&#8217;acheteur et le vendeur, une <em>non-<\/em>libert\u00e9 qui n&#8217;appara\u00eet pas directement dans l&#8217;\u00e9change. Le fait que le travail est \u00e9chang\u00e9 contre de l&#8217;argent signifie essentiellement que l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 et la contrainte se cachent derri\u00e8re la fa\u00e7ade de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et du libre \u00e9change. Et tel est en effet le r\u00f4le historique de l\u2019\u00c9tat dans le capitalisme\u00a0: garantir l&#8217;asym\u00e9trie permanente entre travail et capital, garantir que le travail est toujours soumis \u00e0 la contrainte, c&#8217;est \u00e0 dire, au besoin. Telle est l&#8217;histoire de tout le syst\u00e8me l\u00e9gal et politique, la &#8220;sanglante l\u00e9gislation&#8221; impos\u00e9e par l\u2019\u00c9tat capitaliste \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00c9tat n&#8217;est pas et n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 un v\u00e9hicule de l&#8217;\u00e9mancipation humaine\u00a0; sa fonction la plus essentielle, au-del\u00e0 de celle militaire, est le maintien de la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire, l&#8217;assurance de la sacralit\u00e9 du contrat d&#8217;\u00e9change et la fourniture en quantit\u00e9 suffisante de travail bon march\u00e9. Cela veut dire que l\u2019\u00c9tat, sous toutes ses formes modernes, est toujours l&#8217;expression politique du capitalisme. Toute d\u00e9finition du capitalisme qui n&#8217;int\u00e8gre pas l\u2019\u00c9tat comme un \u00e9l\u00e9ment indispensable de cette d\u00e9finition est incapable de cerner le mode de domination cr\u00e9\u00e9 par le capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;univers propos\u00e9 par le capitalisme est un univers total capable d&#8217;ing\u00e9rer, d&#8217;absorber et de transformer tout ce dont il est nourri. La dynamique de l&#8217;accumulation r\u00e9duit tout \u00e0 de la monnaie n\u00e9gociable. Toute existence est con\u00e7ue comme un ensemble d&#8217;\u00e9changes. Dans le champ de vision capitaliste, tout \u00eatre est commensurable \u00e0 tout autre. Tout ce qui ne peut \u00eatre ainsi r\u00e9duit est condamn\u00e9, dans le meilleur des cas, \u00e0 l&#8217;impuissance et \u00e0 la non-pertinence, au pire \u00e0 la r\u00e9pression violente. En fin de compte, le capitalisme n&#8217;est pas une affaire de concentration des richesses dans les mains de quelques personnes. Que celles-ci repr\u00e9sentent 1\u00a0%, 10\u00a0% ou 50\u00a0% de la population, la redistribution des richesses n&#8217;alt\u00e8re pas l&#8217;essence du capitalisme, une essence qui est enterr\u00e9e dans le processus de production, fond\u00e9 sur la <em>prol\u00e9tarisation<\/em> du travail, sous l&#8217;implacable imp\u00e9ratif de se d\u00e9velopper sans \u00e9gard pour les co\u00fbts en termes humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>3: La trajectoire historique du capitalisme<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;histoire humaine n\u2019est pas t\u00e9l\u00e9ologique; elle n&#8217;a pas de but inh\u00e9rent vers lequel elle se dirige inexorablement. Pourtant, une formation sociale sp\u00e9cifique ou mode de production peut poss\u00e9der une logique directionnelle, des tendances et des contradictions historiques qui fa\u00e7onnent et caract\u00e9risent son d\u00e9veloppement. Et la trajectoire historique du capitalisme se caract\u00e9rise par une telle logique directionnelle.<\/p>\n<p>La confluence sp\u00e9cifique des processus socio-\u00e9conomiques qui ont conduit au d\u00e9veloppement du capitalisme industriel en Angleterre dans les 17e et 18e si\u00e8cles est fond\u00e9e sur la s\u00e9paration du travailleur agricole des moyens de production et de subsistance. Ce processus a entra\u00een\u00e9 la libert\u00e9 juridique du producteur direct, r\u00e9sultat de luttes de classes souvent violentes, qui ont constitu\u00e9 les bases pour l&#8217;appropriation du surplus du travail par des moyens \u00e9conomiques et l\u00e9gaux, non-coercitifs; par les forces du march\u00e9 et le d\u00e9veloppement de travail salari\u00e9, et la formation d&#8217;une classe prol\u00e9tarienne. Ces d\u00e9veloppements ont mis en mouvement, au cours des 18e et 19e si\u00e8cles, un mouvement de masse vers les nouveaux centres industriels en Angleterre, ce qui menait a un d\u00e9velopement rapide d&#8217;un prol\u00e9tariat industriel. De tels processus \u00e9taient \u00e9galement en cours dans d&#8217;autres parties de l&#8217;Europe comme dans les Pays-Bas et le nord de l&#8217;Italie. Une fois qu&#8217;il existait dans un pays, le capitalisme industriel a presque imm\u00e9diatement touch\u00e9 tous les pays atteints par les relations commerciales \u00e9tablies plus t\u00f4t par l\u2019\u00e9change marchand. Ainsi, tous les capitals qui sont apparus apr\u00e8s l&#8217;Angleterre sont d\u00e9velopp\u00e9s dans un monde o\u00f9 le capitalisme industriel existait d\u00e9j\u00e0. Par cons\u00e9quent, le contexte de la logique d\u00e9veloppementale du capitalisme \u00e9tait, d\u00e8s le d\u00e9but, une logique mondiale. Le capitalisme industriel a \u00e9t\u00e9 le produit d&#8217;une matrice historique politico-sociale qui au cours des 19e et 20e si\u00e8cles a impos\u00e9 ses relations de production et ses relations sociales sur le monde entier, d&#8217;abord en Europe occidentale, puis en Am\u00e9rique du Nord, puis dans le reste du monde.<\/p>\n<p>Le capitalisme est propuls\u00e9 par la qu\u00eate d&#8217;une accumulation infinie de la valeur, une contrainte litt\u00e9rale, sous peine de \u00abmort\u00bb pour chaque entit\u00e9 de capital &#8211; capitaliste individuel, entreprise, monopole ou \u00c9tat &#8211; pour extraire toujours plus de plus-value du travail vivant. Le Capital, alors, est la valorisation de la valeur, un processus sans fin, qui, dans ce que Marx appelle sa phase de <em>domination formelle<\/em> (ou subsomption formelle du travail), exploite le travail vivant sur base des technologies et techniques de production existants et extrait du travailleur une \u201c<em>plus-value absolue<\/em>\u201d, qui s\u2019accroit avec la longueur de la journ\u00e9e de travail.<\/p>\n<p>Ce que Marx appelle la <em>domination r\u00e9elle<\/em> du travail, en revanche, extrait du prol\u00e9tariat toujours plus de plus-value en r\u00e9volutionnant constamment les processus techniques de travail, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;introduction de technologies nouvelles et plus efficaces, bref, \u00e0 travers le d\u00e9veloppement des forces productives. La plus-value est extraite, non en faisant travailler les travailleurs plus longtemps (<em>plus-value absolue<\/em>), mais en intensifiant le processus de travail et en abaissant la valeur des produits que les travailleurs ach\u00e8tent avec leur salaire, de sorte que la valeur de la force de travail diminue par rapport \u00e0 la valeur qu\u2019il cr\u00e9e, ce qui donne, pour l&#8217;acheteur de cette force de travail, une \u00ab<em>plus-value relative<\/em>.&#8221; La domination r\u00e9elle du capital, maintenant \u00e9tablie \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale, est de plus en plus fond\u00e9e sur l&#8217;extraction de la plus-value relative.<\/p>\n<p>La transition de domination formelle \u00e0 domination r\u00e9elle n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat d&#8217;une \u00abr\u00e9volution industrielle\u00bb unique, mais une \u00abr\u00e9volution sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans le mode de production, de la productivit\u00e9 des travailleurs, et dans la relation entre les travailleurs et les capitalistes&#8221;<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> dont l&#8217; \u00e9conomie mondiale actuelle, post-fordiste, bas\u00e9e de plus en plus sur la\u00a0 technologie informatique, est la derni\u00e8re manifestation.<\/p>\n<p>L&#8217;avantage de la domination r\u00e9elle pour le capitalisme dans son ensemble, en dehors du fait que sa productivit\u00e9 sup\u00e9rieure lui a permis de conqu\u00e9rir et piller le monde, est la plus-value relative r\u00e9sultant de l&#8217;intensification continue du processus de travail et de la baisse constante de la valeur de la force de travail. Plus le temps de travail n\u00e9cessaire pour produire les produits de base pour reproduire la classe ouvri\u00e8re est r\u00e9duit, plus le temps de travail va aux capitalistes. Mais ce n&#8217;est pas la principale incitation. La plupart des capitalistes ne peuvent pas directement abaisser la valeur de la force de travail qu&#8217;ils emploient \u00e0 moins que leurs propres usines produisent les produits que leurs travailleurs consomment.<\/p>\n<p>L\u2019incitation est le surprofit (la plus-value suppl\u00e9mentaire). Les marchandises sont \u00e9chang\u00e9es sur base de leur valeur sociale. C\u2019est-\u00e0-dire, le temps de travail (pass\u00e9 et actuel) qui est consomm\u00e9 dans leur production dans des conditions sociales moyennes. Une nouvelle technologie qui r\u00e9duit le temps de travail en dessous de la moyenne, qui r\u00e9duit la valeur individuelle d&#8217;un produit en dessous de la valeur sociale qui d\u00e9termine son prix, conduit \u00e0 un surprofit pour le capitaliste. Les nouvelles technologies et connaissances peuvent \u00eatre encore plus rentables pour le capitaliste quand elles conduisent \u00e0 la cr\u00e9ation de nouveaux produits sur lesquels le propri\u00e9taire b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;un monopole temporaire, de sorte que son prix est seulement limit\u00e9 par ce que le march\u00e9 est pr\u00eat \u00e0 supporter. Dans les p\u00e9riodes d&#8217;innovation technologique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, comme aujourd&#8217;hui, les possibilit\u00e9s de ces b\u00e9n\u00e9fices exc\u00e9dentaires sont consid\u00e9rables. La crise intensifie la chasse pour ce type de b\u00e9n\u00e9fices, car elle incite les capitaux avanc\u00e9s \u00e0 chercher \u00e0 \u00e9chapper de la baisse g\u00e9n\u00e9rale de la rentabilit\u00e9. Mais les surprofits sont obtenus sur le march\u00e9 au d\u00e9triment des concurrents. Ils ne sont donc pas un indice de la rentabilit\u00e9 du capital dans son ensemble.<\/p>\n<p>Quel que soit le niveau de productivit\u00e9 \u00e9tabli \u00e0 un moment donn\u00e9, des nouvelles technologies peuvent toujours permettre d&#8217;augmenter le sur-travail encore plus, de sorte que le capital doit toujours rechercher le d\u00e9veloppement des forces productives. Voil\u00e0 pourquoi l&#8217;histoire a r\u00e9fut\u00e9 les th\u00e9ories de la d\u00e9cadence du capitalisme bas\u00e9es sur l&#8217;hypoth\u00e8se selon laquelle le capitalisme avait atteint un point o\u00f9 il ne pouvait plus d\u00e9velopper les forces productives. Le capitalisme continue \u00e0 \u00eatre capable de les d\u00e9velopper, mais \u00e0 un prix terrible pour l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour les travailleurs, la domination r\u00e9elle signifie en premier lieu qu&#8217;ils se ne trouvent plus au centre de la production: ils deviennent un appendice de machines et de processus automatis\u00e9s. Le d\u00e9veloppement de la technologie sp\u00e9cifiquement capitaliste, qui a commenc\u00e9 \u00e0 prendre forme au d\u00e9but du 19\u00e8me si\u00e8cle, a \u00e9volu\u00e9 vers la production de masse fordiste<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> au cours du 20\u00e8me si\u00e8cle, et ensuite vers le lieu de travail bas\u00e9 sur la technologie de l\u2019information au 21\u00e8me si\u00e8cle, est l&#8217;histoire d&#8217;une p\u00e9n\u00e9tration toujours plus profonde de la forme valeur dans le processus de production dans lequel tous les aspects de l&#8217;activit\u00e9 productive est mesur\u00e9e et remodel\u00e9 afin de soutirer advantage de sur-travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est aussi l&#8217;histoire d&#8217;une croissance explosive de la productivit\u00e9 du travail, par rapport \u00e0 laquelle tous les efforts pr\u00e9c\u00e9dents de l&#8217;humanit\u00e9 semblent petits. L&#8217;abaissement de la valeur des biens de consommation qui en r\u00e9sulte, a am\u00e9lior\u00e9 certaines conditions de vie de la classe ouvri\u00e8re. La croissance incessante de la production capitaliste, dont il \u00e9tait \u00e0 la fois la cause et le r\u00e9sultat, a conduit \u00e0 la conqu\u00eate du monde par le capitalisme, ce qui signifie que la relation capital-travail a effac\u00e9 et remplac\u00e9 presque tous les rapports pr\u00e9-existants.<\/p>\n<p>La conqu\u00eate \u00e9tait non seulement vers l&#8217;ext\u00e9rieur mais vers aussi vers l&#8217;int\u00e9rieur. La forme-valeur et les relations sociales qu\u2019elle instancie envahit tous les &#8220;pores&#8221; de la soci\u00e9t\u00e9 civile, de l&#8217;existence socio-culturelle et politique, en les soumettant \u00e0 ses imp\u00e9ratifs. Non seulement la production et la circulation des marchandises, mais aussi la <em>science <\/em>et la<em> technologie<\/em>, dont elle d\u00e9pend de plus en plus, si centrale dans la logique directionnelle du capitalisme, sont d\u00e9sormais soumis aux imp\u00e9ratifs de la forme-valeur. C\u2019est ici que le r\u00f4le du <em>f\u00e9tichisme de la marchandise<\/em> &#8211; non pas simplement comme id\u00e9ologie, mais comme la fa\u00e7on dont, sous le capitalisme, les relations sociales entre les personnes sont construites et subjectivement v\u00e9cues comme des relations entre marchandises, entre choses &#8211;\u00a0 devient un obstacle redoutable au d\u00e9veloppement de la conscience. Les relations sociales entre les \u00eatres humains <em>apparaissent<\/em> des relations entre choses dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Cela rend ces relations sociales opaques et en apparence autonomes de leur base dans l&#8217;activit\u00e9 m\u00eame de la production et de la reproduction, entreprise par le prol\u00e9tariat lui-m\u00eame. L&#8217;objectivit\u00e9 de la valeur n\u2019est ni <em>mat\u00e9rielle<\/em> (physiologique), ni m\u00e9taphysique pour Marx; elle est purement sociale. C\u2019est une relation sociale d\u00e9velopp\u00e9e historiquement, produite et re-produite par les actions d\u2019\u00eatres humains, par les prol\u00e9taires. La <em>f\u00e9tichisme<\/em> de la marchandise obscurcit, fausse, &#8220;cache&#8221; les relations sociales r\u00e9elles qui sont fig\u00e9es dans le produit, et les transforme en apparence dans une caract\u00e9ristique <em>naturelle<\/em> de la marchandise elle-m\u00eame. Ce f\u00e9tichisme n\u2019est pas simplement une fausse conscience impos\u00e9e par la classe dominante; il r\u00e9sulte \u00e9galement de la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue du prol\u00e9tariat. Les structures m\u00eames de <em>l&#8217;\u00eatre social<\/em> de l&#8217;existence du prol\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9re lui-m\u00eame une conscience r\u00e9ifi\u00e9e, et donc son asservissement par la forme valeur. Si, dans un sens, comme Adorno a fait remarquer, la forme valeur est une \u00abillusion\u00bb, elle est, en termes de l&#8217;\u00eatre social &#8220;&#8230; la chose la plus r\u00e9elle de toutes, la formule magique qui a ensorcel\u00e9 le monde.&#8221; <a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> La t\u00e2che de pro-r\u00e9volutionnaires est d&#8217;exposer et d\u2019exploser le f\u00e9tichisme de la marchandise dans toutes ses dimensions.<\/p>\n<p>La domination r\u00e9elle a provoqu\u00e9 un d\u00e9veloppement vertigineux de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, mais elle a \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 ses contradictions. Le capital, la richesse, ne peut prendre aucune autre forme que celle de la marchandise, \u00e9changeables contre d&#8217;autres produits. Cela signifie qu&#8217;il doit avoir une valeur d&#8217;usage (pour que quelqu&#8217;un puisse l&#8217;acheter avec de l\u2019argent) et une valeur d&#8217;\u00e9change, dont le contenu est le temps de travail abstrait, la valeur. Il ne peut pas exister sans ces deux aspects: si le produit n&#8217;a pas la valeur d&#8217;usage, il ne peut pas \u00eatre vendu, et si sa production ne n\u00e9cessite pas de temps de travail, nul ne peut \u00eatre vol\u00e9, donc il ne peut y avoir plus-value ou profit. Valeur d\u2019usage et valeur d\u2019\u00e9change, les deux c\u00f4t\u00e9s de la marchandise, doivent donc se d\u00e9velopper la main dans la main. Mais sous la domination r\u00e9elle, ils deviennent de plus en plus d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s. Les valeurs d\u2019usage croissent de fa\u00e7on exponentielle gr\u00e2ce \u00e0 technicisation, un processus dans lequel le travail vivant est soustrait, remplac\u00e9 par la technologie. Mais la croissance de la valeur exige que du travail vivant soit ajout\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 capitaliste fonctionne de plus en plus sur le travail mort, pass\u00e9 (mat\u00e9riel et logiciel). L\u2019\u00e9tang du travail vivant, dont la plus-value peut \u00eatre extraite, a tendance \u00e0 retr\u00e9cir, malgr\u00e9 les techniques de \u201cp\u00eache\u201d de plus en plus efficaces. Tendanciellement, ceci conduit \u00e0 une baisse relative de la <em>production<\/em> de nouvelle valeur alors que la croissance exponentielle des valeurs d&#8217;usage (de la capacit\u00e9 \u00e0 les produire) se heurte \u00e0 la base \u00e9troite sur laquelle les conditions de la consommation dans le capitalisme restent, et entravent la <em>r\u00e9alisation <\/em>de la valeur.<\/p>\n<p>La domination r\u00e9elle a pouss\u00e9 la tendance de crise du capitalisme enavant. C\u2019est une crise de profit, une crise de surproduction, une crise financi\u00e8re, mais ses racines sont dans la marchandise elle-m\u00eame, dans l\u2019enfondrement de son unit\u00e9. Contre cette tendance, il y a des contre-tendances: l&#8217;augmentation du taux d&#8217;extraction de la plus-value relative, l&#8217;expansion mondiale induite par la technologie, qui a \u00e9galement \u00e9largi l\u2019ensemble du travail vivant, et d&#8217;autres. N\u00e9anmoins, le capitalisme ne peut se d\u00e9barrasser de ses tendances de crise. Il ne peut les surmonter que par une d\u00e9valorisation massive du capital existant. Il a besoin de phases violentes de destruction, \u00e0 travers des d\u00e9pressions \u00e9conomiques ou des guerres, pour r\u00e9tablir les conditions d&#8217;une nouvelle croissance. L&#8217;histoire semble indiquer que la destruction n\u00e9cessaire devient de toujours plus large, \u00e0 mesure que se d\u00e9veloppe la domination r\u00e9elle.<\/p>\n<p>\u00abLa destruction violente du capital, non par des relations ext\u00e9rieures \u00e0 elle, mais plut\u00f4t comme une condition de son auto-pr\u00e9servation, est la forme la plus frappante de son obsolescence, qui permettra la naissance d\u2019un \u00e9tat sup\u00e9rieur de production sociale.&#8221;<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>La domination r\u00e9elle aiguise aussi la contradiction la plus fondamentale du capitalisme: celle entre les classes sociales. La domination r\u00e9elle a d\u00e9velopp\u00e9 la technologie, mais dans le but d&#8217;augmenter l&#8217;exploitation, d&#8217;accro\u00eetre la partie du temps de travail qui cr\u00e9e la plus-value, de r\u00e9duire la partie du temps de travail au cours ed laquelle l&#8217;\u00e9quivalent de leurs moyens de subsistance (reproduction) est produit. Sa logique directionnelle exige que le sur-travail augmente toujours au d\u00e9triment du temps de travail n\u00e9cessaire et que la force de travail superflue soit \u00e9cart\u00e9e; que la reproduction m\u00eame du travail vivant soit toujours sacrifi\u00e9e pour l&#8217;extraction de la plus-value.<\/p>\n<p>&#8220;Le processus de travail lui-m\u00eame n\u2019est rien de plus que l&#8217;instrument du processus de valorisation, tout comme la valeur d&#8217;usage du produit n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un d\u00e9p\u00f4t de sa valeur d&#8217;\u00e9change. L&#8217;auto-valorisation du capital &#8212; la cr\u00e9ation de plus-value-\u00a0 est donc le but d\u00e9terminant, dominant et prioritaire du capitaliste; il est la motivation absolue et le contenu de son activit\u00e9. Et en fait, il n&#8217;est rien de plus que la motivation rationalis\u00e9e et le but de l&#8217;accapareur &#8212; un contenu fortement appauvri et abstrait qui montre clairement que le capitaliste est tout aussi asservi par les relations du capitalisme que son p\u00f4le oppos\u00e9, le travailleur, bien que d&#8217;une mani\u00e8re tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. &#8220;<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Tout \u00e0 fait diff\u00e9rente parce que les capitalistes ne peuvent pas briser ces cha\u00eenes, alors que le travailleur collectif le peut. Aujourd&#8217;hui, ce n\u2019est rien de moins qu\u2019un renversement r\u00e9volutionnaire du capitalisme par le prol\u00e9tariat, et l&#8217;abolition de la forme valeur, qui peut\u00a0 mettre fin\u00a0 \u00e0 la destruction que le capitalisme &#8220;produit&#8221; inexorablement au service de l&#8217;imp\u00e9ratif de valoriser, d&#8217;accumuler la valeur. Rien de moins: toute proposition de r\u00e9formes, aussi &#8220;radicale&#8221; qu\u2019elle puisse sembler, ne peut que perp\u00e9tuer le cycle infernal de destruction actuel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong> Un autre monde est possible<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Jamais on n\u2019a vu une diff\u00e9rence aussi flagrante entre ce qui existe et ce qui pourrait exister\u00a0: d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, l&#8217;aberration du capitalisme cr\u00e9ant massivement et en m\u00eame temps la surproduction et la famine, provoque toujours plus de mis\u00e8re et menace m\u00eame la survie de l&#8217;esp\u00e8ce humaine. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, la connaissance sociale actuelle, lib\u00e9r\u00e9e du carcan capitaliste, pourrait lib\u00e9rer tous les humains du manque de nourriture, de logement, de soins m\u00e9dicaux et autres besoins, et commencer \u00e0 restaurer la plan\u00e8te. La n\u00e9cessit\u00e9 de mettre fin au capitalisme est claire. Mais est-ce que la possibilit\u00e9 existe aussi\u00a0? Pour que la r\u00e9volution soit possible il doit y avoir un sujet r\u00e9volutionnaire, c&#8217;est-\u00e0-dire une force sociale qui ait la capacit\u00e9 de la faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La force sociale est la classe travailleuse, ou prol\u00e9tariat. C&#8217;est la partie de la population de l&#8217;humanit\u00e9 qui est oblig\u00e9e de vendre sa force de travail pour survivre. Aujourd&#8217;hui elle constitue la majorit\u00e9 de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Certains travailleurs ont des emplois permanents, d&#8217;autres travaillent \u00e0 temps partiel ou sont int\u00e9rimaires, ou sont travailleurs ind\u00e9pendants, ou travaillent pour une institution. Certains travaillent dans les hautes technologies, d&#8217;autres dans l&#8217;\u201c\u00e9conomie informelle\u201d des bas-quartiers. De plus en plus nombreux sont ceux qui ont des emplois pr\u00e9caires ou sont au ch\u00f4mage, exclus du processus de production tout en en \u00e9tant toujours d\u00e9pendants. Certains sont des travailleurs manuels, d&#8217;autres, une partie croissante de la classe travailleuse, travaillent dans l&#8217;information (le <em>cognitariat<\/em>). Mais ind\u00e9pendamment de ces diff\u00e9rences et des in\u00e9galit\u00e9s de revenus et de conditions de travail, la classe travailleuse est unifi\u00e9e dans sa s\u00e9paration des moyens de sa propre reproduction, qui sont poss\u00e9d\u00e9s par le capital et utilis\u00e9s pour son accumulation.\u00a0 Il existe donc un antagonisme fondamental entre la classe capitaliste et la classe travailleuse.\u00a0 Il n&#8217;existe pas seulement pendant les p\u00e9riodes de lutte de classe ouverte (gr\u00e8ves, manifestations, blocages, occupations, \u00e9meutes, etc.) mais aussi dans la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne de l&#8217;exploitation, l&#8217;extraction de plus-value de la classe travailleuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans le cours de son histoire, le capitalisme a connu\u00a0 d&#8217;\u00e9normes changements et la classe travailleuse aussi. La question de comment ces changements objectifs ont affect\u00e9 la classe travailleuse subjectivement est complexe. Mais on peut observer que la forme la plus \u00e9l\u00e9mentaire de conscience de classe, le sentiment d&#8217;appartenir \u00e0 une classe avec des int\u00e9r\u00eats communs, est moins \u00e9vident aujourd&#8217;hui que dans des p\u00e9riodes pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Initialement, dans sa phase de\u00a0 \u201cdomination formelle\u201d, le capital a pris le contr\u00f4le sur la production et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, mais c&#8217;\u00e9tait un contr\u00f4le d&#8217;en haut, de l&#8217;ext\u00e9rieur du processus de travail r\u00e9el et de ses interactions sociales. Ces derni\u00e8res n&#8217;\u00e9taient pas encore p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es et format\u00e9es par la forme-valeur. Cela a permis l&#8217;existence d&#8217;un espace relativement autonome dans lequel le prol\u00e9tariat a pu d\u00e9velopper sa propre culture, ses propres organisations, qui ont donn\u00e9 des formes concr\u00e8tes \u00e0 sa conscience de classe. En outre, le capital apparaissait ouvertement comme l&#8217;ennemi de classe puisque son principal moyen d&#8217;accumulation consistait \u00e0 allonger la journ\u00e9e de travail (extraction de plus-value <em>absolue<\/em>). Il existait en plus un poids \u00e9norme du pass\u00e9 pr\u00e9-capitaliste sur le jeune prol\u00e9tariat. Du c\u00f4t\u00e9 positif, les traditions communautaires ont nourri la conscience de classe. Avec la transition \u00e0 la domination r\u00e9elle du capital, au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle,\u00a0 \u00e9voluant vers le \u201cfordisme\u201d au si\u00e8cle suivant, l&#8217;espace d&#8217;autonomie s&#8217;est r\u00e9tr\u00e9ci, mais la concentration d&#8217;ouvriers dans d&#8217;\u00e9normes usines et des quartiers ouvriers tr\u00e8s denses, a renforc\u00e9 le sentiment d&#8217;une cause commune.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La vague r\u00e9volutionnaire qui a pris de l&#8217;ampleur \u00e0 la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale a montr\u00e9 que la conscience de classe peut devenir une conscience r\u00e9volutionnaire, mais son \u00e9chec a aussi montr\u00e9 le caract\u00e8re incomplet de cette transition.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, la forme-valeur n&#8217;a pas seulement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les processus de production eux-m\u00eames, les divisant en des quantit\u00e9s de temps qui doivent \u00eatre constamment raccourcis afin d&#8217;en tirer plus de plus-value, mais elle s&#8217;est aussi reproduite sur toute la plan\u00e8te et dans toutes les aires de\u00a0 la soci\u00e9t\u00e9 civile.\u00a0 Toute chose et tout \u00eatre est r\u00e9duit \u00e0 un quantum de valeur, d&#8217;argent ou de manque d&#8217;argent, partie du march\u00e9 global.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La production de masse a beaucoup augment\u00e9 la disponibilit\u00e9 de biens de consommation pour la classe travailleuse, ce qui a affect\u00e9 ses pratiques sociales. Format\u00e9s en consommateurs, les travailleurs se sont individualis\u00e9s, atomis\u00e9s, sans autre force pour changer les choses que celle de l&#8217;\u00e9lecteur individuel, consommateur des produits du march\u00e9 politique. Dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies en particulier, le capitalisme a cherch\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre encore plus la division dans la classe travailleuse, en d\u00e9centralisant le logement et la production, en insufflant la concurrence entre les travailleurs individuels.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui il n&#8217;existe plus d&#8217;espace s\u00e9par\u00e9 de la forme-valeur dans lequel la culture prol\u00e9tarienne pourrait se d\u00e9velopper sans \u00eatre absorb\u00e9e par le march\u00e9. La conscience de classe est moins \u00e9vidente, mais cela ne veut pas dire que les classes ont disparu.<\/p>\n<p>Objectivement, la classe travailleuse est plus unifi\u00e9e que jamais.\u00a0 Nous voulons dire par l\u00e0 que le processus de production est devenu plus socialis\u00e9, plus global et interd\u00e9pendant que jamais. La production est moins la somme des efforts des travailleurs individuels qu&#8217;une application collective, collaborative de la connaissance sociale. La classe travailleuse est devenue, comme\u00a0 disait Marx, le <em>Gesamtarbeiter,<\/em> le travailleur collectif.<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/p>\n<p>Par ailleurs, pour r\u00e9pondre aux besoins de la complexit\u00e9 croissante du processus de production, le travailleur collectif est plus \u00e9duqu\u00e9, plus inform\u00e9, plus qualifi\u00e9, et d&#8217;une plus grande intelligence cr\u00e9ative que jamais dans son histoire. La plus grande distance qui le s\u00e9pare du pass\u00e9 pr\u00e9-capitaliste l&#8217;a peut-\u00eatre \u00e9loign\u00e9 de ses traditions collectives, mais l&#8217;a aussi \u00e9loign\u00e9 de l&#8217;obscurantisme et de la pens\u00e9e magique, de \u201c<em>la pourriture des \u00e2ges\u201d<\/em>, comme disait Marx.<\/p>\n<p>C&#8217;est parce que le travailleur collectif produit \u00e0 la fois la valeur dont le capitalisme d\u00e9pend pour sa survie, et la richesse sociale dont d\u00e9pend la soci\u00e9t\u00e9 pour sa survie, qu&#8217;il a la capacit\u00e9 de lib\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9 de sa d\u00e9pendance du capitalisme, de la valeur.<\/p>\n<p>Ceci dit, cette capacit\u00e9 n&#8217;est que potentielle. M\u00eame si le capitalisme s&#8217;effondrait aujourd&#8217;hui m\u00eame et abandonnait son contr\u00f4le sur la soci\u00e9t\u00e9, le travailleur collectif ne saurait pas quoi en faire par manque de conscience r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>La classe travailleuse n&#8217;est pas n\u00e9e avec une conscience r\u00e9volutionnaire. Certains pensent que tout ce qui l&#8217;en s\u00e9pare ce sont les mystifications bourgeoises, le brouillard id\u00e9ologique qui l&#8217;emp\u00eache de voir la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&#8217;elle est. Une fois que ce brouillard se sera \u00e9vapor\u00e9 gr\u00e2ce au r\u00e9sultat de l&#8217;exp\u00e9rience de la lutte et de la propagande r\u00e9volutionnaire, une conscience claire surgira. Mais ce n&#8217;est pas si simple. L&#8217;id\u00e9ologie n&#8217;est pas, ou pas seulement, une substance ext\u00e9rieure inject\u00e9e par le capitalisme dans le cerveau des prol\u00e9taires. Elle vient aussi du sein de la classe travailleuse qui, en tant que cat\u00e9gorie du capitalisme, reproduit la forme-valeur, la soci\u00e9t\u00e9 existante dans ses pratiques quotidiennes, et donc aussi les id\u00e9ologies qu&#8217;elle g\u00e9n\u00e8re. Le brouillard qui emp\u00eache le travailleur collectif de voir la cause de sa mis\u00e8re et la possibilit\u00e9 de mettre fin \u00e0 la forme-valeur. Ce brouillard id\u00e9ologique a recouvert le monde des travailleurs tout autant que celui du reste de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cela ne veut pas dire que la classe travailleuse soit int\u00e9gr\u00e9e, si\u00a0 l&#8217;on veut dire par l\u00e0 que la contradiction entre les classes a disparu. Le conflit immanent demeure. Il est vrai que les deux classes sont li\u00e9es. Chacune existe \u00e0 cause de l&#8217;autre, et ensemble elles reproduisent la soci\u00e9t\u00e9. Mais il existe une grande diff\u00e9rence. Le capital ne peut pas s&#8217;extraire de cette relation. M\u00eame s&#8217;il le souhaitait, il ne peut pas survivre sans le travailleur collectif, le cr\u00e9ateur de valeur. Mais le travailleur collectif peut s&#8217;autonomiser de ce rapport. Il n&#8217;a pas besoin du capital. Mais beaucoup de choses doivent encore se passer avant que cela ne devienne \u00e9vident.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voyons les faits. Si notre analyse est correcte, la crise du capitalisme va s&#8217;approfondir dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Les attaques contre la classe travailleuse vont s&#8217;acc\u00e9l\u00e9rer. Elles rencontreront de la r\u00e9sistance. Les travailleurs ne peuvent pas se d\u00e9fendre individuellement. Ils ont besoin de se regrouper pour gagner un poids critique, donc l&#8217;unification des luttes se poursuivra vu que les attaques du capital s&#8217;en prennent \u00e0 toujours plus de victimes. Bien s\u00fbr, ces luttes seront souvent r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es. Mais la simple ampleur de la r\u00e9sistance peut ouvrir de nouveaux horizons. En m\u00eame temps qu&#8217;une conscience croissante du pouvoir de classe, une conscience de ce qui est possible peut se d\u00e9velopper. Pendant ce temps des attaques contre la forme-valeur se r\u00e9pandront. Emeutes et pillages, mais aussi occupations de logements et d&#8217;espaces publics, cliniques gratuites et production d&#8217;objets pour r\u00e9pondre aux besoins et non pour l&#8217;argent, \u00e9changes gratuits de biens digitaux\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Marx pensait que la r\u00e9volution est n\u00e9cessaire \u201cpas seulement parce qu&#8217;elle est le seul moyen de renverser la classe dominante\u201d mais aussi parce que le communisme requiert \u201cune transformation massive des hommes qui ne peut s&#8217;op\u00e9rer que par un mouvement pratique\u201d,<em> (L&#8217;id\u00e9ologie allemande<\/em>)\u00a0: une transformation de la conscience qui ne peut avoir lieu que dans un contexte de lutte de classe. L&#8217;approfondissement de la crise implique que la r\u00e9sistance du travailleur collectif aux attaques du capital contre ses conditions de vie et de travail est condamn\u00e9e si elle n&#8217;en reste qu&#8217;\u00e0 la lutte d\u00e9fensive. Pourtant les luttes d\u00e9fensives seront importantes dans ce processus de transformation de la conscience, non seulement parce qu&#8217;il faut en exp\u00e9rimenter les limites mais aussi parce qu&#8217;elles peuvent unifier les travailleurs, les regrouper, ce qui \u00e0 son tour affecte la conscience en augmentant le sentiment du pouvoir potentiel de la classe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le capitalisme est de plus en plus incapable d&#8217;assurer la reproduction sociale de la classe travailleuse, et les travailleurs trouvent des moyens de la faire eux-m\u00eames. La lutte pour la survie quotidienne et la lutte contre le capitalisme fusionnent quand les travailleurs inventent des solutions pour satisfaire les besoins directs que le capitalisme leur refuse, tels que le logement, les soins de sant\u00e9 et autres, en r\u00e9-orientant leur activit\u00e9 productive pour cr\u00e9er de la richesse r\u00e9elle au lieu de cr\u00e9er de la valeur, dans un contexte de lutte collective qui met en \u00e9chec le contr\u00f4le politique du capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 travers l&#8217;exp\u00e9rience de la lutte que le travailleur collectif peut sentir\u00a0 sa force et donner libre cours \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9, \u00e9tablir d&#8217;autres formes de production et de distribution qui ouvriront de nouvelles voies vers le renversement du capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le travailleur collectif se trouve face \u00e0 une double t\u00e2che, apparemment contradictoire\u00a0: d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 il doit s&#8217;unifier sur une base de classe, devenir le travailleur collectif tant subjectivement qu&#8217;objectivement, de mani\u00e8re \u00e0 acqu\u00e9rir la force de renverser le capitalisme. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, il doit aussi s&#8217;abolir lui-m\u00eame. Une r\u00e9volution qui met fin au capitalisme est une r\u00e9volution qui met fin au travail salari\u00e9 et \u00e0 la loi du temps de travail. L\u00e0 est la racine. Leur \u00e9radication n&#8217;est pas le r\u00e9sultat futur de la r\u00e9volution, c&#8217;est la r\u00e9volution elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas de contradiction si on comprend la r\u00e9volution comme un processus dans lequel la force g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l&#8217;union dans des luttes d\u00e9fensives sur les lieux de travail interagit dialectiquement avec les assauts contre la forme-valeur en tant que fondement de l&#8217;interaction humaine. Les deux peuvent fusionner. Ce n&#8217;est pas un fait pr\u00e9-\u00e9tabli, mais c&#8217;est une possibilit\u00e9 r\u00e9elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a beaucoup d&#8217;autres choses \u00e0 comprendre sur comme la conscience r\u00e9volutionnaire peut se d\u00e9velopper. Nous voyons l\u00e0 une t\u00e2che th\u00e9orique prioritaire du mouvement historique actuel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li><strong> Mais ce n&#8217;est pas in\u00e9vitable<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si les pro-r\u00e9volutionnaires semblent passer leur temps \u00e0 parler de la crise du capitalisme, c&#8217;est parce que le capitalisme n&#8217;est pas seulement un syst\u00e8me <em>en<\/em> crise, mais aussi un syst\u00e8me <em>de<\/em> crises. Les crises font partie de son d\u00e9veloppement normal, cyclique. Comme le soulignait Marx, une crise n&#8217;est pas seulement une manifestation du fait que la valorisation du capital rencontre des obstacles, mais qu&#8217;elle est aussi une solution (temporaire) du probl\u00e8me, en provoquant la d\u00e9valorisation du capital existant (y compris du capital variable, les travailleurs), en rabaissant les co\u00fbts de production, pr\u00e9parant ainsi le terrain pour une nouvelle p\u00e9riode de croissance.\u00a0 La dur\u00e9e de cette derni\u00e8re peut varier, mais elle aboutit toujours \u00e0 une nouvelle crise. La dur\u00e9e et la profondeur des crises varient aussi. La classe capitaliste a appris comment reporter et contenir les crises, par des politiques financi\u00e8res, fiscales, et autres, mais cela n&#8217;aboutit qu&#8217;\u00e0 de nouvelles crises plus profondes, qui requi\u00e8rent plus de d\u00e9valorisation, plus de destruction, plus de violence et de famines, pour que la valeur puisse cro\u00eetre \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les ravages humains provoqu\u00e9s par les crises ont augment\u00e9 exponentiellement\u00a0: effondrements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle globale\u00a0; deux guerres mondiales\u00a0; s\u00e9ries de conflits g\u00e9nocidaires dans le monde au cours du dernier demi-si\u00e8cle, dans lesquels des id\u00e9ologies bas\u00e9es sur le nationalisme, le tribalisme et des sectarismes religieux ont fourni le \u201cfuel\u201d aux meurtres en masse\u00a0; et des d\u00e9sastres \u00e9cologiques dans lesquels la science et la technologie, elles-m\u00eames historiquement bas\u00e9es sur les imp\u00e9ratifs de valoriser la valeur, et au service de ce m\u00eame but, menacent l&#8217;existence m\u00eame de la vie sur la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourtant, cette simple observation a entra\u00een\u00e9 une conception erron\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 capitaliste. Etant donn\u00e9 la nature cannibale, auto-destructrice, du capitalisme, beaucoup de soi-disant marxistes, m\u00eame du temps du vivant de Marx, ont d\u00e9velopp\u00e9 une vision d\u00e9terministe et t\u00e9l\u00e9ologique qui pr\u00e9dit une crise finale in\u00e9vitable, \u00e0 travers laquelle une soci\u00e9t\u00e9 socialiste surgira <em>in\u00e9vitablement. <\/em>Dans les \u00e9crits et les pratiques des Seconde et Troisi\u00e8me Internationales, il existait un fort penchant vers la vision selon laquelle la victoire du \u201csocialisme\u201d sur le \u201ccapitalisme\u201d \u00e9tait courue d&#8217;avance. M\u00eame dans l&#8217;analyse de la Gauche Communiste, tant dans ses variantes germano-hollandaise qu&#8217;italienne, on pouvait facilement percevoir une vision d\u00e9terministe de l&#8217;in\u00e9vitabilit\u00e9 du \u201ctriomphe de la r\u00e9volution\u201d.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maintes et maintes fois les pro-r\u00e9volutionnaires ont cherch\u00e9 des signes annonciateurs de la crise \u201cfinale\u201d ou <em>mortelle<\/em> du capitalisme dans l&#8217;effondrement \u00e9conomique et la guerre mais n&#8217;ont fait que voir passer le \u201cmoment\u201d et le cycle de valorisation recommencer, en pompant de la plus-value d&#8217;une classe travailleuse d\u00e9faite. Les <em>crises <\/em>du capitalisme sont in\u00e9vitables, mais la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne et le communisme ne le sont <em>pas\u00a0<\/em>!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Beaucoup de \u201cmarxistes\u201d ont\u00a0 cru voir dans nombre d&#8217;\u00e9v\u00e9nements du vingti\u00e8me si\u00e8cle (la R\u00e9volution Russe, la \u201cGrande D\u00e9pression\u201d de 1929, m\u00eame la \u201cgrande r\u00e9cession de 2008\u201d) le d\u00e9but de la fin, mais le capitalisme s&#8217;est av\u00e9r\u00e9 plus r\u00e9sistant que pr\u00e9vu. Il s&#8217;est ent\u00eat\u00e9 \u00e0 ne pas mourir\u00a0; il faut le tuer. Et cela ne requiert pas seulement une crise \u00e9conomique d\u00e9vastatrice ou m\u00eame une guerre mondiale inter-imp\u00e9rialiste, mais un <em>sujet<\/em> r\u00e9volutionnaire, arm\u00e9 d&#8217;une <em>conscience de classe<\/em>, elle-m\u00eame pas seulement bas\u00e9e sur une haine de classe, mais plut\u00f4t sur une compr\u00e9hension de la trajectoire r\u00e9elle du capitalisme qui produit obligatoirement et des crises et des guerres\u00a0; une conscience qui peut percer l&#8217;opacit\u00e9 des rapports sociaux capitalistes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais au lieu de produire une riche compr\u00e9hension th\u00e9orique du capitalisme et de sa trajectoire, les \u201cmarxistes\u201d traditionnels, social-d\u00e9mocratie, stalinisme et trotskysme,\u00a0 sont devenus\u00a0 plus proches des annonciateurs de catastrophes pr\u00e9disant sans fin les derniers jours du capitalisme et l&#8217;in\u00e9vitabilit\u00e9 du communisme, pour \u00eatre \u00e0 chaque fois d\u00e9mentis par la r\u00e9alit\u00e9, tout en recyclant \u00e0 nouveau leurs erreurs th\u00e9oriques et politiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Perspective Internationaliste n&#8217;a pas cette vision. Alors que PI maintient que le communisme, la cr\u00e9ation d&#8217;une communaut\u00e9 humaine, est l&#8217;espoir de la race humaine, PI rejette l&#8217;id\u00e9e que le r\u00e9sultat est assur\u00e9, d\u00e9termin\u00e9 par les pr\u00e9tendues <em>lois<\/em> de l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le capitalisme est un rapport entre les gens, dissimul\u00e9 par un rapport entre les choses. La forme-valeur exprime l&#8217;exploitation des hommes par des hommes, mais elle la dissimule en m\u00eame temps, la faisant para\u00eetre comme si le monde de la valeur, du travail salari\u00e9 et la soci\u00e9t\u00e9 de classes \u00e9taient naturels et normaux. C&#8217;est faux. Le capitalisme et la soci\u00e9t\u00e9 de classes ne sont pas \u00e9ternels. Ils sont des produits de l&#8217;histoire et des circonstances, mais aucune option n&#8217;est in\u00e9vitable pas plus que ne l&#8217;est le cours futur du capitalisme. Le capitalisme provoque des luttes qui peuvent \u00e0 leur tour entra\u00eener le d\u00e9veloppement d&#8217;une nouvelle conscience qui voit le monde sans travail salari\u00e9, sans production de valeur, sans classes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La conceptualisation du monde d&#8217;une mani\u00e8re diff\u00e9rente, dans laquelle le travail n&#8217;est plus du travail salari\u00e9, dans laquelle il a pour but de satisfaire les besoins au lieu de faire des profits, dans laquelle la forme-valeur est abolie, doit donc se d\u00e9velopper \u00e0 travers la praxis des luttes provoqu\u00e9es par la crise du capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&#8217;est cette lutte, la lutte pour d\u00e9velopper une pratique qui changera le monde,\u00a0 qui doit \u00eatre men\u00e9e, plut\u00f4t que d&#8217;attendre le Godot prol\u00e9tarien. La crise finale du capitalisme sera son renversement par la classe travailleuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li><strong> L\u2019\u00c9tat ne pourra jamais \u00eatre \u00e0 nous<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parmi les mythes les plus pernicieux qui hantent le mouvement r\u00e9volutionnaire depuis ses d\u00e9buts, il y a l&#8217;illusion que l\u2019\u00c9tat moderne dispose d&#8217;un certain degr\u00e9 d&#8217;autonomie ou de neutralit\u00e9 par rapport \u00e0 l&#8217;\u00e9quilibre des pouvoirs sociaux, en particulier par rapport au capitalisme. Au c\u0153ur de ce mythe se trouvent les id\u00e9es que l\u2019\u00c9tat peut \u00eatre pris et dirig\u00e9 vers des objectifs r\u00e9volutionnaires, ou qu&#8217;on peut faire pression sur ses institutions pour am\u00e9liorer les pires conditions du prol\u00e9tariat tout en agissant simultan\u00e9ment comme un tremplin vers la conscience r\u00e9volutionnaire et l&#8217;auto-organisation. Nous nous opposons cat\u00e9goriquement \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que n&#8217;importe quelle institution de l\u2019\u00c9tat peut \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 des fins r\u00e9volutionnaires anti-capitalistes. En peu de mots, nous nous opposons \u00e0 toutes les tendances du \u201cr\u00e9formisme\u201d que nous consid\u00e9rons comme des tentatives futiles et dangereusement trompeuses de g\u00e9rer l&#8217;accumulation du capital au profit de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat moderne a ses origines dans l&#8217;\u00e9mergence du capitalisme\u00a0; non pas dans un d\u00e9veloppement parall\u00e8le \u00e0 la formation \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9, mais comme instrument essentiel constitutif de ces m\u00eames rapports sociaux capitalistes. L\u2019\u00c9tat n&#8217;est pas une machine qui peut \u00eatre utilis\u00e9e pour promouvoir des causes contradictoires\u00a0; son but essentiel est de subordonner et de contr\u00f4ler \u2013 souvent par des moyens extra-\u00e9conomiques \u2013 la vie sociale en fonction des besoins de l&#8217;accumulation capitaliste. Autrement dit, le but de l\u2019\u00c9tat est de socialiser les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s antagonistes dans une soci\u00e9t\u00e9 civile domin\u00e9e par la forme-valeur, pour assurer la continuation de son fonctionnement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat moderne se distingue par deux caract\u00e9ristiques essentielles\u00a0: 1) sa s\u00e9paration politique de la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0 2) la fusion de toutes les institutions \u00e9tatiques dans le m\u00e9canisme d&#8217;accumulation du capital et de formation de valeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la plupart des formations sociales pr\u00e9-capitalistes, la production, la distribution et la consommation faisaient partie d&#8217;un tout organique\u00a0; en outre, les hi\u00e9rarchies sociales dans ces soci\u00e9t\u00e9s \u00e9taient form\u00e9es dans une unit\u00e9 des relations politiques, sociales et \u00e9conomiques. A cette \u00e9poque la position politique de chacun \u00e9tait habituellement en rapport avec sa position \u00e9conomique.\u00a0 Mais le capitalisme a entam\u00e9 un long processus de dissolution de ces unit\u00e9s, les \u201clib\u00e9rant\u201d pour ainsi dire, et les r\u00e9tablissant dans un environnement de march\u00e9 comp\u00e9titif permis et m\u00e9diatis\u00e9 par la forme-argent de la valeur. Mais cette dissociation de l&#8217;unit\u00e9 pass\u00e9e \u00e9tait difficilement soutenable en tant que telle et par elle-m\u00eame parce qu&#8217;elle activait de puissantes forces antagonistes qui pouvaient menacer l&#8217;existence sociale. C&#8217;est donc, dans la formation d&#8217;un domaine politique autonome, que l&#8217;Etat moderne a pu former les institutions qui faisaient avancer les int\u00e9r\u00eats du capital tout en contenant et contr\u00f4lant ses tendances centrifuges. Les citoyens de l&#8217;\u201cEtat-libre\u201d, observait Marx, m\u00e8nent une double vie. Dans leur vie r\u00e9elle dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, c&#8217;est-\u00e0-dire dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9conomique, ils se sentent isol\u00e9s et en guerre avec tout le monde dans la d\u00e9fense de leurs propres int\u00e9r\u00eats. Et dans leur vie imaginaire en tant que citoyens de l\u2019\u00c9tat, ils sont int\u00e9gr\u00e9s et ne font qu&#8217;un avec le monde en th\u00e9orie mais pas en pratique. La s\u00e9paration entre le politique et l&#8217;\u00e9conomique \u00e9tait et est une composante essentielle qui permet \u00e0 la logique tendancielle du capital de se d\u00e9ployer en accord avec l&#8217;imp\u00e9ratif de former de la valeur. L\u2019\u00c9tat n&#8217;\u00e9crit pas directement sous forme de loi le mode de production. Il appara\u00eet comme le substrat mystique de l&#8217;existence sociale. Mais l&#8217;autonomie de l&#8217;\u00e9conomie est garantie par l\u2019\u00c9tat pr\u00e9cis\u00e9ment en rendant le mode de production intouchable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au niveau subjectif, le citoyen souverain de droit de l\u2019\u00c9tat d\u00e9mocratique a un rapport \u00e9troit avec le consommateur souverain du march\u00e9 libre, et la fonction de l\u2019\u00c9tat est de prot\u00e9ger ce rapport. Au niveau social, toutes les organisations institutionnelles de l\u2019\u00c9tat moderne servent essentiellement \u00e0 assurer l&#8217;accumulation continuelle de capital dans les domaines de la <em>production<\/em>, de la <em>circulation<\/em> et de l&#8217;approvisionnement en <em>main d&#8217;\u0153uvre disponible<\/em>. Dans le domaine de la <em>production<\/em>, l\u2019\u00c9tat garantit l&#8217;approvisionnement en argent avec un syst\u00e8me stable de banques et de cr\u00e9dit, il prot\u00e8ge le capital national de la concurrence au moyen de tarifs douaniers et d&#8217;accords commerciaux, il soutient un syst\u00e8me l\u00e9gal qui assure l&#8217;inviolabilit\u00e9 des contrats entre les parties souveraines, il investit dans la recherche et le d\u00e9veloppement pour la production future par la recherche militaire, les bourses universitaires et les subventions aux institutions de recherche priv\u00e9es, et il contr\u00f4le l&#8217;acc\u00e8s aux ressources naturelles. Dans le domaine de la <em>circulation<\/em> l\u2019\u00c9tat assure une infrastructure adapt\u00e9e aux besoins pr\u00e9cis de l&#8217;accumulation du capital, il cherche \u00e0 \u00e9tendre les march\u00e9s internationalement \u00e0 travers l&#8217;intervention militaire directe, \u00e0 travers des outils financiers et une politique commerciale qui encourage la consommation au moyen du contr\u00f4le du cr\u00e9dit, etc. Enfin, et essentiellement, il garantit un approvisionnement ad\u00e9quat en <em>main-d&#8217;\u0153uvre disponible<\/em> en en assurant une disponibilit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la demande afin d&#8217;assurer la domination du capital sur le travail. Cela se fait au moyen de nombreuses strat\u00e9gies sur le long et le court terme, comme les changements dans les politiques d&#8217;immigration, le contr\u00f4le des naissances, l&#8217;ouverture de voies vers la production offshore, des lois sur le travail qui contr\u00f4lent les salaires, les pensions, les b\u00e9n\u00e9fices, etc. Mais, au-del\u00e0 de la fourniture de main d&#8217;\u0153uvre, le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat\u00a0 dans la <em>discipline du travail<\/em> est crucial, et on y voit la p\u00e9n\u00e9tration graduelle dans le corps social et l&#8217;absorption du travailleur collectif dans le m\u00e9canisme de la production\u00a0 par le biais de vastes r\u00e9seaux d&#8217;institutions d&#8217;enseignement, de prisons, d&#8217;institutions m\u00e9dicales, parall\u00e8lement au vaste r\u00e9seau policier et de surveillance 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ce contr\u00f4le inclut aussi les politiques de la drogue, du logement, d&#8217;acc\u00e8s aux aides sociales et le contr\u00f4le de l&#8217;information.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vues sous cet \u00e9clairage, toutes les formes institutionnelles de l\u2019\u00c9tat moderne r\u00e9pondent aux n\u00e9cessit\u00e9s de l&#8217;accumulation du capital par des moyens \u00e9conomiques et extra-\u00e9conomiques. Le but fondamental de toute institution \u00e9tatique est de moduler la vie sociale au profit du capital. On peut comparer toute institution \u00e9tatique \u00e0 l&#8217;acc\u00e9l\u00e9rateur d&#8217;une automobile. Un acc\u00e9l\u00e9rateur peut augmenter le taux d&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration ou bien le r\u00e9duire, mais il ne peut pas changer sa fonction par rapport \u00e0 la voiture, pas plus qu&#8217;il ne peut changer la raison d&#8217;\u00eatre de la voiture. Les lois du travail peuvent augmenter le salaire minimum ou le diminuer, mais elles ne peuvent pas \u00e9liminer le travail. Elles ne servent qu&#8217;\u00e0 moduler temporairement par le salaire le taux d&#8217;extraction de plus-value. Toute victoire \u00e0 court terme obtenue \u00e0 travers l&#8217;Etat \u2013 \u00e0 travers ses lois et ses institutions \u2013 ne sera \u00e0 la fin qu&#8217;une victoire \u00e0 la Pyrrhus car elle nourrit la croyance dans les institutions, ce qui \u00e0 son tour <em>subjective<\/em> <a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>12 le prol\u00e9tariat \u00e0 une forme d&#8217;accumulation du capital. Tout mouvement qui cherche une r\u00e9forme \u00e0 travers les institutions \u00e9tatiques enfonce le prol\u00e9tariat plus profond dans la machinerie de l\u2019\u00c9tat. S&#8217;il n&#8217;est pas capable de sortir lui-m\u00eame des sentiers battus que lui proposent l\u2019\u00c9tat et ses institutions, le prol\u00e9tariat n&#8217;arrivera pas \u00e0 activer ses propres capacit\u00e9s pour une auto-organisation cr\u00e9ative.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat moderne, ind\u00e9pendamment de sa forme apparente (l\u2019\u00c9tat bismarckien, l\u2019\u00c9tat lib\u00e9ral, l\u2019\u00c9tat providence social-d\u00e9mocrate, l\u2019\u00c9tat corporatif, l\u2019\u00c9tat racial, l\u2019\u00c9tat sovi\u00e9tique, l\u2019\u00c9tat n\u00e9o-lib\u00e9ral, etc.), structure et impose une strat\u00e9gie particuli\u00e8re d&#8217;accumulation. L&#8217;apparition de diff\u00e9rents r\u00e9gimes d&#8217;accumulation est le produit de d\u00e9fis qui incluent la lutte de classe, la position g\u00e9o-politique, les innovations technologiques, la concurrence entre les capitaux ou les crises \u00e9conomiques, mais tous les Etats constituent des <em>r\u00e9gimes d&#8217;accumulation du capital<\/em> cherchant divers moyens et strat\u00e9gies pour accumuler du capital, sans s&#8217;apercevoir qu&#8217;ils sont dans une course vers l&#8217;auto-destruction. La seule position r\u00e9volutionnaire viable est anti-capitaliste \u00e0 la racine. Tous les efforts pour diriger le mouvement ouvrier vers l&#8217;\u201cam\u00e9lioration\u201d de la gestion du capital reposent sur l&#8217;id\u00e9e que l\u2019\u00c9tat est un m\u00e9canisme autonome qui peut \u00eatre retourn\u00e9 contre sa propre <em>raison d&#8217;\u00eatre<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><strong>[10]<\/strong><\/a>*. En plus, la \u201cd\u00e9mocratie<\/em>\u201d, en tant qu&#8217;id\u00e9ologie et complexe d&#8217;institutions politiques, constitue une arme formidable \u00e0 travers laquelle la population, incluant le prol\u00e9tariat, peut se trouver attach\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9tat capitaliste et mobilis\u00e9e pour sa d\u00e9fense. La d\u00e9mocratie, donc, est intimement li\u00e9e au <em>nationalisme<\/em> qui attache le prol\u00e9tariat et la masse de la population de <em>chaque<\/em> pays \u00e0 sa classe dominante et au\u00a0 capital.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais si la classe travailleuse ne peut pas simplement s&#8217;emparer de l\u2019\u00c9tat capitaliste et l&#8217;utiliser pour ses propres buts, que dire de la th\u00e9orie des trotskystes, des l\u00e9ninistes et autres, selon laquelle apr\u00e8s la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne, la classe travailleuse doit \u00e9tablir un <em>Etat ouvrier, <\/em>une soi-disant \u201cR\u00e9publique du Travail\u201d\u00a0? Et que dire alors de la <em>d\u00e9mocratie<\/em> dans cet Etat prol\u00e9tarien\u00a0? La sinistre r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat bolchevik qui a surgi sous L\u00e9nine puis Staline, cette dictature <em>sur<\/em> le prol\u00e9tariat\u00a0; cette voie historique sp\u00e9cifique de la forme capitalisme d\u2019\u00c9tat pour extraire de la plus-value au prol\u00e9tariat et accumuler du capital, constitue non pas le triomphe du prol\u00e9tariat mais le triomphe de la contre-r\u00e9volution. En effet, m\u00eame sous la forme d&#8217;un Etat bas\u00e9 sur la dictature des <em>conseils ouvriers<\/em>, avec des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e9lus et <em>r\u00e9vocables<\/em> par les travailleurs qui les ont \u00e9lus d\u00e9mocratiquement, le r\u00e9sultat ne serait <em>pas<\/em> la communisation tant que les travailleurs sont soumis \u00e0 la comptabilit\u00e9 du temps de travail et \u00e0 la forme-valeur.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<ol start=\"7\">\n<li><strong> Richesse r\u00e9elle contre valeur<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le capitalisme est bas\u00e9 sur l&#8217;exploitation, sur le fait que les travailleurs sont pay\u00e9s moins que la valeur qu&#8217;ils produisent et que la diff\u00e9rence, la plus-value, va dans sa poche. A premi\u00e8re vue donc, pour mettre fin au capitalisme, il suffirait de rendre la plus-value \u00e0 ceux qui l&#8217;ont produite pour faire en sorte que les travailleurs obtiennent, individuellement ou collectivement, toute la valeur du temps de travail qu&#8217;ils effectuent. Cela ne mettrait pas fin \u00e0 la <em>forme-valeur<\/em>, l&#8217;appr\u00e9hension tacite commune du monde, du travail et de ses produits, des gens et des choses, comme valeur, des quantit\u00e9s de temps de travail abstrait. On\u00a0 produirait encore de la propri\u00e9t\u00e9 (priv\u00e9e ou \u00e9tatis\u00e9e), \u00e0 vendre et \u00e0 acheter avec de l&#8217;argent d&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre. On n&#8217;aurait fait que redistribuer la valeur, et les fondements de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste resteraient intacts. Sur ces fondements, le capitalisme survivrait, bien qu&#8217;avec des crises et du chaos.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La redistribution de la richesse est aujourd&#8217;hui le cri de ralliement de la gauche capitaliste.\u00a0 D&#8217;apr\u00e8s elle, la crise \u00e9conomique provient d&#8217;un manque de demande qui dispara\u00eetrait si de l&#8217;argent pris aux riches \u00e9tait utilis\u00e9 \u00e0 augmenter le pouvoir d&#8217;achat des plus nombreux. Etant donn\u00e9 que la surproduction est un fait et que l&#8217;\u00e9cart entre riches et pauvres a augment\u00e9 dans des proportions obsc\u00e8nes, cet argument est attrayant. Mais il est bas\u00e9 sur une incompr\u00e9hension de qu&#8217;est-ce qui est produit et accumul\u00e9, sur une incompr\u00e9hension de la valeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D&#8217;abord, valeur et richesse r\u00e9elle ne sont pas la m\u00eame chose. La richesse r\u00e9elle n&#8217;est pas l&#8217;objectif de la production capitaliste. Les marchandises doivent avoir une valeur d&#8217;usage concr\u00e8te, mais elle n&#8217;est que le v\u00e9hicule pour transmettre la valeur abstraite, que tous les capitalistes doivent obligatoirement\u00a0 chercher \u00e0 accumuler. C&#8217;est celui-l\u00e0 l&#8217;objectif r\u00e9el. La richesse r\u00e9elle n&#8217;est cr\u00e9\u00e9e que pour autant qu&#8217;elle sert cet objectif, pour autant qu&#8217;elle cr\u00e9e de la nouvelle valeur, la richesse capitaliste. Une redistribution de la richesse n&#8217;y changerait rien. Elle n&#8217;enl\u00e8verait pas l&#8217;obligation pour la production d&#8217;\u00eatre rentable, elle ne mettrait pas fin \u00e0 l&#8217;exploitation.\u00a0 La richesse r\u00e9elle ne serait encore produite que dans la mesure o\u00f9 elle incarnerait de la plus-value, et serait tout autant sacrifi\u00e9e et gaspill\u00e9e pour valoriser la valeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, la valeur et l&#8217;argent ne sont pas la m\u00eame chose. Or c&#8217;est de l&#8217;argent, pris aux riches ou bien nouvellement cr\u00e9\u00e9, que la gauche capitaliste veut utiliser pour mettre fin \u00e0 la crise, pour sauver le capitalisme de lui m\u00eame.\u00a0 Il est vrai que l&#8217;argent a du pouvoir sur tout le monde de la marchandise, qu&#8217;il ouvre les portes \u00e0 toutes les richesses dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, parce qu&#8217;il peut \u00eatre transform\u00e9 en n&#8217;importe quelle autre forme de valeur.\u00a0 Dans sa totalit\u00e9, l&#8217;argent repr\u00e9sente la valeur dans son ensemble, les marchandises qui circulent aussi bien que le tr\u00e9sor, le magot de richesses accumul\u00e9es. Dans ces derni\u00e8res, la valeur est pr\u00e9serv\u00e9e et s&#8217;accro\u00eet, mais seulement dans la mesure o\u00f9 elles demeurent connect\u00e9es, directe ou indirectement, \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelle valeur.\u00a0 Le magot total est est la banque totale du capital, qui envoie de la valeur dans la sph\u00e8re productive quand le profit l&#8217;appelle, et qui le retire quand les profits baissent. La valeur du magot augmente parce que la valeur qui est produite et r\u00e9alis\u00e9e s&#8217;accro\u00eet\u00a0; elle s&#8217;en nourrit. Elle ne peut pas\u00a0 cro\u00eetre par elle-m\u00eame. Par cons\u00e9quent une crise de profit dans l&#8217;industrie et le commerce entra\u00eene une d\u00e9valorisation du magot,\u00a0 des possessions en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Afin d&#8217;\u00e9viter cela, le capitalisme, particuli\u00e8rement au cours des derniers soixante ans, a cherch\u00e9 refuge dans la cr\u00e9ation d&#8217;argent, soit pour stimuler la production et la consommation, soit pour stimuler l&#8217;accroissement du magot, en soutenant sa \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb malgr\u00e9 un taux de cr\u00e9ation de valeur d\u00e9croissant dans l&#8217;\u00e9conomie r\u00e9elle. En d&#8217;autres termes, on a rajout\u00e9 au pot une cr\u00e9ation massive de capital fictif, qui ne r\u00e9sulte pas d&#8217;une cr\u00e9ation de nouvelle valeur mais de pure fiction. L&#8217;argent a augment\u00e9 \u00e0 une vitesse beaucoup plus grande que \u00ab\u00a0l&#8217;\u00e9conomie r\u00e9elle\u00a0\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire que la valeur des marchandises qui sont r\u00e9ellement produites et vendues. Il faut donc le d\u00e9valuer. Mais cela n&#8217;arrive que quand la production et la consommation sont stimul\u00e9es malgr\u00e9 le manque de profitabilit\u00e9. Il en r\u00e9sulte une forte inflation, qui met en danger la valeur de l&#8217;argent en tant que tel et donc de tout le magot.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une seconde approche s&#8217;est av\u00e9r\u00e9e plus efficace\u00a0: en arrosant directement le capital avec de l&#8217;argent nouvellement cr\u00e9\u00e9 (tout en imposant l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 au reste de la soci\u00e9t\u00e9), le magot a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu avec succ\u00e8s. La plupart de cet argent nouveau n&#8217;entre jamais en circulation ailleurs que dans le magot lui-m\u00eame. Il ne provoque donc pas d&#8217;inflation (sauf dans le magot, bien s\u00fbr). Tout en renfor\u00e7ant la demande d&#8217;actifs financiers, l&#8217;argent est st\u00e9rilis\u00e9 dans les coffres des banques centrales et priv\u00e9es dans les fortunes des super-riches. L\u00e0, il ne fait pas de bien (seule une petite fraction r\u00e9int\u00e8gre\u00a0 la sph\u00e8re productive) mais il ne fait pas de mal non plus. C&#8217;est justement en ne r\u00e9int\u00e9grant pas le circuit de circulation des marchandises que le magot peut cacher la nature fictive de l&#8217;argent qui est cr\u00e9\u00e9 sans une cr\u00e9ation de valeur correspondante. Le programme de la gauche capitaliste ferait le contraire et r\u00e9v\u00e9lerait la fiction. Et c&#8217;est sur cette fiction que repose le capitalisme. La croyance que l&#8217;argent c&#8217;est de la valeur et que la valeur c&#8217;est de la richesse r\u00e9elle. Si cette croyance fait d\u00e9faut, le capitalisme s&#8217;\u00e9croule.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut \u00e0 tout prix d\u00e9fendre le magot parce que la croyance que richesse\/valeur\/argent peuvent \u00eatre \u00e9ternellement accumul\u00e9s est essentielle pour que le capitalisme fonctionne. Sans cela il serait \u00e0 la d\u00e9rive. C&#8217;est ce \u00e0 quoi se confronte la gauche quand elle vient au pouvoir. Elle est oblig\u00e9e de ravaler toutes ses promesses et de se comporter en bon gestionnaire du capital national, en prot\u00e9geant son magot. Si elle le refuse, le capital fuira et le magot s&#8217;effondrera.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&#8217;augmentation de l&#8217;\u00e9cart entre les riches et les pauvres, ou entre les riches et tout le reste, est une cons\u00e9quence de la crise et non sa cause. Elle refl\u00e8te le besoin croissant de d\u00e9fendre la valeur du magot, quand la cr\u00e9ation de nouvelle valeur est \u00e0 la tra\u00eene. Elle refl\u00e8te le besoin d&#8217;accro\u00eetre l&#8217;exploitation, de diminuer les co\u00fbts. Elle refl\u00e8te la tendance de la valeur \u00e0 se retirer de la production qui ne rapporte pas de profits pour se prot\u00e9ger dans le magot. Elle refl\u00e8te la recherche de la valeur de havres tranquilles et la crainte de tous les capitaux de ne pas en \u00eatre un.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La lutte pour un capitalisme plus juste est une voie sans issue et, par cons\u00e9quent, un pi\u00e8ge. La valeur a sa logique de fer, qui ne peut pas \u00eatre pli\u00e9e \u00e0 souhait.\u00a0 La croyance m\u00eame que richesse = valeur = argent doit dispara\u00eetre dans la pratique pour que la richesse r\u00e9elle soit lib\u00e9r\u00e9e et devienne conforme \u00e0 sa nature r\u00e9elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"8\">\n<li><strong> La fin du travail<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0L&#8217;id\u00e9ologie allemande<em>\u00a0\u00bb<\/em> (1845) Marx et Engels, en discutant du <em>communisme, <\/em>disent que les r\u00e9volutions pass\u00e9es n&#8217;ont fait qu&#8217;entra\u00eener une nouvelle distribution du travail [<em>Arbeit \/ Labour<\/em>] alors que la r\u00e9volution communiste \u00ab\u00a0<em>abolit le travail<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>13<\/sup><\/a>\u00a0. Dans <em>Le Capital, <\/em>pourtant,\u00a0 Marx d\u00e9crit le travail comme \u00ab\u00a0&#8230;la condition universelle pour l&#8217;interaction m\u00e9tabolique [<em>Stoffwechse<\/em>l] entre l&#8217;homme et la nature, la condition de l&#8217;existence humaine impos\u00e9e pour toujours par la nature\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup>14<\/sup><\/a>\u00a0 . Est-ce que le travail est, pour Marx, une condition trans-historique de l&#8217;\u00eatre humain OU BIEN est-ce que le travail est li\u00e9\u00a0 \u00e0 des formations sociales historiques sp\u00e9cifiques bas\u00e9es sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e\u00a0? Il para\u00eet impossible de concevoir l&#8217;existence humaine sans <em>production<\/em>, par cons\u00e9quent, le communisme ou une communaut\u00e9 humaine conna\u00eetront la production et l&#8217;activit\u00e9 ou <em>praxis<\/em> qui la sous-tendent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais la critique du jeune Marx de l&#8217;activit\u00e9 productive en tant que travail, qui maintenant rev\u00eat la forme sociale virtuelle de travail <em>abstrait,<\/em> constitue la base de toute vision du communisme. Le travail abstrait qui est la base du capitalisme entra\u00eene la r\u00e9duction des diff\u00e9rents modes de travail concret qui produit des valeurs d&#8217;usage (des choses utiles) \u00e0 un travail homog\u00e8ne, ind\u00e9termin\u00e9, mesur\u00e9 seulement par le <em>temps<\/em>, le temps de travail social n\u00e9cessaire qu&#8217;il faut pour produire le bien.\u00a0 C&#8217;est ce travail abstrait qui est la base de la production de la <em>valeur<\/em>. Le communisme est l&#8217;abolition du travail abstrait comme base de l&#8217;\u00eatre social. Cela implique la fin de l&#8217;\u00e9valuation des choses et des gens sur la base du temps de travail abstrait qu&#8217;ils contiennent ou produisent. Cela implique la fin du salariat, la fin des rapports sociaux mon\u00e9tis\u00e9s, la fin de la soci\u00e9t\u00e9 de classes. Cela implique l&#8217;abolition de la s\u00e9paration entre les humains et leurs moyens de production et des produits de leur travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ceci a bien peu \u00e0 voir avec la conceptualisation du communisme comme \u00ab\u00a0r\u00e9publique du travail\u00a0\u00bb dans laquelle la classe travailleuse, apr\u00e8s avoir\u00a0 aboli la loi capitaliste, devient elle-m\u00eame la classe dominante. Dans cette vision, ch\u00e8re au marxisme traditionnel, le travail salari\u00e9 persiste, mais la classe travailleuse n&#8217;est plus exploit\u00e9e parce que la r\u00e9mun\u00e9ration du travailleur serait bas\u00e9e sur la <em>valeur<\/em> enti\u00e8re que son travail a produit. Loin d&#8217;abolir le travail abstrait et la domination de la valeur qui est la base du <em>capitalisme<\/em> et de la condition prol\u00e9tarienne sur lesquels ce mode de production est bas\u00e9, une telle vision ne fait qu&#8217;universaliser cette m\u00eame condition prol\u00e9tarienne, tout en laissant intacte la nature m\u00eame du travail du prol\u00e9taire, et laisse par cons\u00e9quent la m\u00eame forme-valeur structurer l&#8217;existence humaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0La Critique du Programme de Gotha\u00a0\u00bb (1875), Marx, donne une vision plus d\u00e9taill\u00e9e de sa conception de la phase inf\u00e9rieure du communisme \u00ab\u00a0telle qu&#8217;elle vient de sortir de la\u00a0 soci\u00e9t\u00e9 capitaliste\u00a0\u00bb &#8211; encore marqu\u00e9e par ses formes sociales &#8211; \u00ab\u00a0Le producteur re\u00e7oit donc individuellement\u2026 l&#8217;\u00e9quivalent exact de ce qu&#8217;il a donn\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Ce qu&#8217;il lui a donn\u00e9, c&#8217;est son <em>quantum<\/em> individuel de travail.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup>15<\/sup><\/a> Comme Marx le reconna\u00eet, \u00ab\u00a0C&#8217;est manifestement ici le m\u00eame principe que celui qui r\u00e8gle l&#8217;\u00e9change des marchandises pour autant qu&#8217;il est \u00e9change de valeurs \u00e9gales\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0 Encore, comme Marx le reconnaissait \u00ab\u00a0&#8230;une m\u00eame quantit\u00e9 de travail sous une forme s&#8217;\u00e9change contre une m\u00eame quantit\u00e9 de travail sous une autre forme.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup>16<\/sup><\/a> Pour Marx, donc, la forme-valeur pr\u00e9sidera encore tant sur la production que sur la distribution dans le stade inf\u00e9rieur du communisme, m\u00eame si les institutions politiques sont diff\u00e9rentes (un Etat prol\u00e9tarien ouvrier, par exemple). Les travailleurs ne recevraient que la valeur que leur travail direct a produit. Et, plus significativement, le travailleur sera redevable, soumis, \u00e0 l&#8217;<em>horloge. <\/em>\u00a0Le <em>temps<\/em> de travail d\u00e9terminera encore la part qui revient au travailleur individuel de la richesse sociale \u2013 et donc aussi le risque que l\u2019\u00c9tat se focalise sur l&#8217;accroissement du sur-travail, m\u00eame au d\u00e9triment du travail n\u00e9cessaire (le travail n\u00e9cessaire \u00e0 la reproduction \u2013 sociale et physique \u2013 des travailleurs eux-m\u00eames). Pour le Marx de \u00ab\u00a0La critique du programme de Gotha\u00a0\u00bb, donc,\u00a0 ce ne sera que dans la phase sup\u00e9rieure de la soci\u00e9t\u00e9 communiste que l&#8217;esp\u00e8ce humaine pourra \u00ab\u00a0\u2026 d\u00e9passer d\u00e9finitivement l&#8217;horizon born\u00e9 du droit bourgeois et \u00e9crire sur ses drapeaux\u00a0: &#8216;De chacun selon ses capacit\u00e9s, \u00e0 chacun selon ses besoins\u00a0!\u00a0&#8216;\u00a0\u00bb. <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup>17<\/sup><\/a> En attendant, la forme-valeur et sa \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb continueront \u00e0 r\u00e9gir l&#8217;existence humaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment fonctionnerait cette \u00ab\u00a0phase inf\u00e9rieure du communisme\u00a0\u00bb\u00a0? A la fin des ann\u00e9es 1920, apr\u00e8s avoir confront\u00e9 la d\u00e9faite de la R\u00e9volution Russe et le d\u00e9but des horreurs de la contre-r\u00e9volution stalinienne, le Gauche germano-hollandaise a trait\u00e9 de cette question. Dans ses \u00ab\u00a0Fondements de la production et de la distribution communiste, le Groepen van Internationale Communisten (GIC), 1930, a essay\u00e9 d&#8217;expliquer comment se feraient la production et la distribution dans une soci\u00e9t\u00e9 post-r\u00e9volutionnaire, <em>apr\u00e8s<\/em> le triomphe de la r\u00e9volution\u00a0. La r\u00e9mun\u00e9ration des travailleurs devait se faire par un syst\u00e8me de \u00ab\u00a0bons de travail\u00a0\u00bb, que chaque travailleur recevrait, bas\u00e9s sur un d\u00e9compte du <em>temps<\/em> de travail\u00a0: des bons \u00e9quivalents au nombre d&#8217;heures travaill\u00e9es bas\u00e9s sur la norme de temps de travail social moyen n\u00e9cessaire \u00e0 la production d&#8217;un \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb d\u00e9termin\u00e9<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup>18<\/sup><\/a>.\u00a0 Mais cette vision implique encore la r\u00e9duction de tout travail \u00e0 du travail abstrait (temps de travail socialement n\u00e9cessaire) et\u00a0 donc elle n&#8217;\u00e9limine pas la forme-valeur et la suj\u00e9tion de l&#8217;humanit\u00e9 \u00e0 ses imp\u00e9ratifs. En effet, cette vision, apparemment si radicale, risque de perp\u00e9tuer les lois du mouvement <em>capitaliste <\/em>et ses rapports sociaux, m\u00eame si c&#8217;est sous de nouvelles formes \u2013 mais potentiellement non moins pernicieuses. Le <em>contenu<\/em> du travail effectu\u00e9, pas plus que sa <em>mesure<\/em> (le <em>temps<\/em> de travail) n&#8217;auront chang\u00e9. Or c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce contenu qui doit \u00eatre transform\u00e9, de m\u00eame que la mani\u00e8re par laquelle sera \u00e9valu\u00e9e sa contribution \u00e0 la satisfaction des besoins et d\u00e9sirs sociaux, si nous voulons rompre avec la subordination de l&#8217;humanit\u00e9 aux imp\u00e9ratifs de la valeur et du <em>travail. <\/em>Si la classe capitaliste est expropri\u00e9e, mais que la production et la consommation continuent \u00e0 \u00eatre r\u00e9gl\u00e9es par l&#8217;\u00e9change d&#8217;\u00e9quivalents, la forme-valeur persistera et ouvrira la voie \u00e0 l&#8217;accumulation et \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une classe s\u00e9par\u00e9e pour g\u00e9rer ce syst\u00e8me de valeur. Une r\u00e9volution qui n&#8217;accomplirait que la \u00ab\u00a0phase inf\u00e9rieure du communisme\u00a0\u00bb creuserait son propre tombeau. C&#8217;est le mode historique sp\u00e9cifique dans lequel le travail a exist\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, travail abstrait li\u00e9 au d\u00e9compte du <em>temps<\/em>, mesur\u00e9 par le <em>temps de travail social n\u00e9cessaire<\/em>, soumis au <em>diktat<\/em> de l&#8217;horloge, qui doit \u00eatre imm\u00e9diatement aboli.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La communisation n&#8217;est <em>pas<\/em> le r\u00e9sultat d&#8217;une p\u00e9riode de transition \u00e0 la fin de laquelle le communisme pourrait s&#8217;\u00e9tablir. Le <em>processus<\/em> r\u00e9volutionnaire lui-m\u00eame entra\u00eene l&#8217;abolition du travail et du d\u00e9compte du temps de travail.\u00a0 M\u00eame au milieu des bouleversements r\u00e9volutionnaires, o\u00f9 la p\u00e9nurie et la faim pourraient bien pr\u00e9dominer, des modes de rationnement bas\u00e9s sur une distribution \u00e9quitable des biens en fonction des <em>besoins<\/em> seraient pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 un mode de distribution bas\u00e9 sur le temps de travail, qui institutionnaliserait la forme-valeur et ses imp\u00e9ratifs. Ce n&#8217;est que sur cette base que les horreurs du capitalisme pourront, avec s\u00e9curit\u00e9, \u00eatre mises aux poubelles de l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du travail il y aura la <em>production<\/em>, activit\u00e9 productive certes, mais plus une production extorqu\u00e9e \u00e0 une classe travailleuse par une classe exploiteuse. Il y a une distinction fondamentale entre les modes historiques sp\u00e9cifiques de <em>travail (&#8216;<\/em>labour&#8217; en anglais) de l&#8217;esclave, du paysan corv\u00e9able de la Chine des Ming ou de l&#8217;ancienne Egypte, des encomiendas de l&#8217;Am\u00e9rique Latine coloniale et de l&#8217;esclavage des plantations des Am\u00e9riques, comme du travail salari\u00e9 du prol\u00e9taire, d&#8217;une part, et l&#8217;activit\u00e9, le travail (&#8216;work&#8217; en anglais) des premiers chasseurs, p\u00eacheurs, cueilleurs, des habitants de la commune rurale, de l&#8217;artisan m\u00e9di\u00e9val, aussi diff\u00e9rents qu&#8217;ils puissent \u00eatre, et, le plus important, ce que Marx nommait l&#8217;\u00a0\u00ab\u00a0individu social\u00a0\u00bb d&#8217;une future <em>Gemeinwesen<\/em>, d&#8217;autre part. Il ne s&#8217;agit pas de simples distinctions terminologiques entre des modes d&#8217;activit\u00e9 humaine, mais plut\u00f4t de tr\u00e8s grandes diff\u00e9rences historiques et qualitatives entre diff\u00e9rents modes du m\u00e9tabolisme entre l&#8217;esp\u00e8ce humaine et la nature. La communisation, donc, implique une production et des formes de travail (work) qui vont au-del\u00e0 du travail (labour).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"9\">\n<li><strong> Pour une Renaissance du marxisme<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De nombreux courants politiques et intellectuels &#8211; r\u00e9volutionnaires et r\u00e9actionnaires \u2013 se sont proclam\u00e9s marxistes. Certains disent que le marxisme est une philosophie, <em>la<\/em> m\u00e9thode dialectique, ou une science, une bo\u00eete \u00e0 outils, ou m\u00eame un syst\u00e8me. Alors, quel usage\u00a0 devons-nous en faire aujourd&#8217;hui, pr\u00e8s d&#8217;un si\u00e8cle et demi apr\u00e8s que Marx ait publi\u00e9 le <em>Capital<\/em>?<\/p>\n<p>Le corps du travail de Marx &#8211; la r\u00e9alit\u00e9 sociale au sein de l&#8217;\u00e9volution du syst\u00e8me socio-\u00e9conomique capitaliste, vu du point de vue du prol\u00e9tariat &#8211; a \u00e9t\u00e9 et est dans un processus de d\u00e9veloppement continu. Marx a commenc\u00e9 sa vie r\u00e9volutionnaire avec une critique de la philosophie et n\u2019a pas d\u00e9velopp\u00e9 son propre syst\u00e8me philosophique; cela aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9nu\u00e9 de sens pour lui. Son focus s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 avec l&#8217;\u00e9volution historico-sociale des \u00e9v\u00e9nements, dont les plus marquants ont \u00e9t\u00e9 : les soul\u00e8vements de 1848 \u00e0 travers l&#8217;Europe, la guerre de S\u00e9cession, la guerre franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris. Son \u0153uvre la plus syst\u00e9matique &#8211; sa critique de l&#8217;\u00e9conomie politique bourgeoise &#8211; nous a laiss\u00e9 un h\u00e9ritage important en particulier sa d\u00e9couverte de la nature sp\u00e9cifique de l&#8217;exploitation capitaliste, de la faim vorace du capital pour la reproduction \u00e9largie et des racines de ses crises \u00e9conomiques. Malgr\u00e9 l&#8217;\u00e9normit\u00e9 de cet aspect de son travail, cette \u00abmerde \u00e9conomique\u00bb comme il le d\u00e9crit, ne constitue qu\u2019une partie de sa contribution.<\/p>\n<p>Ceux qui sont venus apr\u00e8s lui ont d\u00e9velopp\u00e9 des aspects de son travail. Mais tous ceux qui ont suivi ont souffert de fa\u00e7on plus ou moins importante du fait que la plupart de ses \u00e9crits \u00e9taient rest\u00e9s inconnus et in\u00e9dits; c\u2019est encore le cas aujourd\u2019hui. Les interpr\u00e9tations des textes existants \u00e9taient entach\u00e9es d\u2019une part par la non-disponibilit\u00e9 de la totalit\u00e9 de ses \u00e9crits, et d\u2019autre part par le fait que ceux qui l\u2019ont interpr\u00e9t\u00e9, \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9coles philosophiques et ont adopt\u00e9 des positions diff\u00e9rentes par rapport aux \u00e9v\u00e9nements mondiaux, par rapport aux institutions soutenant la domination r\u00e9elle du capital et surtout par rapport luttes de la prol\u00e9tariat. Dans leurs mains, le \u00abmarxisme\u00bb s\u2019est divis\u00e9 en une multitude d&#8217;affluents th\u00e9oriques et id\u00e9ologiques. Marx ne peut pas \u00eatre tenu responsable de ce que d&#8217;autres ont d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir de ses \u00e9crits apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, Marx \u00e9tait responsable de ses th\u00e9ories et des actions qu&#8217;elles ont guid\u00e9es pendant sa vie. Ainsi, ses premi\u00e8res th\u00e9ories, marqu\u00e9es par le d\u00e9terminisme et le stadisme l&#8217;ont amen\u00e9 \u00e0 f\u00e9liciter Lincoln sur sa r\u00e9\u00e9lection alors que la premi\u00e8re guerre industrialis\u00e9e \u00e9tait en train de tuer un demi-million de prol\u00e9taires (note 19). Dans la guerre franco-prussienne, son changement de position est li\u00e9 \u00e0 son appr\u00e9ciation quant au r\u00e9sultat qui acc\u00e9l\u00e9rerait le d\u00e9veloppement du capitalisme, et donc la possibilit\u00e9 de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne. Dans ses premiers travaux sur l&#8217;Asie, il ne voit que le progr\u00e8s apport\u00e9 par le d\u00e9veloppement du commerce avec l&#8217;Europe et l&#8217;ouverture du march\u00e9 mondial; ce n\u2019est que plus tard qu&#8217;il condamne les atrocit\u00e9s des p\u00e9n\u00e9trations coloniales de la Chine, en Inde et ailleurs. Il est \u00e9galement pass\u00e9 d\u2019un point de vue selon lequel le seul moteur des bouleversements sociaux serait la p\u00e9n\u00e9tration du capital europ\u00e9en, vers une perspective qui a reconnu le jeu des dynamiques sociales autochtones (m\u00eame dans le \u00abfossile vivant\u00bb de la Chine). Ainsi, au cours de sa vie sa vision initiale uni-lin\u00e9aire des d\u00e9veloppements sociaux a m\u00fbri en faveur d\u2019une perspective beaucoup plus multi-lin\u00e9aire; sur ce chemin, nous pouvons identifier de nombreuses erreurs de jugement.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9ritage th\u00e9orique de Marx n\u2019est donc rien de plus que ce qu\u2019il aurait pu \u00eatre: des \u00e9tudes cruciales syst\u00e9matiques, des indications pr\u00e9cieuses, et quelques erreurs. Ce n&#8217;est pas un rabaissement, mais une reconnaissance que la majeure partie de son h\u00e9ritage pr\u00e9cieux est dans sa qu\u00eate incessante de la compr\u00e9hension, dans le concret et la totalit\u00e9 de son approche et dans son point de vue r\u00e9volutionnaire. B\u00e9n\u00e9ficier de son travail aujourd\u2019hui exige que nous consid\u00e9rions l&#8217;ensemble de cet h\u00e9ritage critique et dans son contexte historique.<\/p>\n<p>Marx nous a fourni l&#8217;arme critique essentielle utilisable pour d\u00e9velopper un ajustement de la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire aux circonstances du monde du 21\u00e8me si\u00e8cle d&#8217;aujourd&#8217;hui, en d\u00e9pit du fait qu&#8217;il n&#8217;a pas v\u00e9cu le 20\u00e8me si\u00e8cle, ni vu la trajectoire historique r\u00e9elle d&#8217;un si\u00e8cle et plus de domination r\u00e9elle du capital, ni vu l&#8217;enfer qu&#8217;elle a cr\u00e9\u00e9 pour l&#8217;humanit\u00e9: les orgies de la guerre et la menace d&#8217;an\u00e9antissement, les niveaux \u00e9tonnants d&#8217;exploitation et un sujet r\u00e9volutionnaire qui a travers\u00e9 de telles modifications qu\u2019il serait m\u00e9connaissable aux yeux du 19\u00e8me si\u00e8cle . En ce moment, il n\u2019y a eu qu\u2019une seule vague r\u00e9volutionnaire prol\u00e9tarienne &#8211; et cela ne se produit pas dans les conditions que Marx avait envisag\u00e9es. Bien qu&#8217;il y ait un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 revenir sur ses traces \u00e0 travers le territoire th\u00e9orique qu\u2019il a habit\u00e9 au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il y a encore plus d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 obtenir un d\u00e9veloppement de son travail th\u00e9orique appliqu\u00e9 \u00e0 notre 21<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Ce point de vue comprend les perspectives port\u00e9es \u00e0 nous, non seulement par l&#8217;exp\u00e9rience et les connaissances transmises par les pro-r\u00e9volutionnaires, mais aussi dans les recherches des chercheurs en sciences humaines et scientifiques qui peuvent contribuer \u00e0 une meilleure compr\u00e9hension de la soci\u00e9t\u00e9 et de son sujet r\u00e9volutionnaire, le prol\u00e9tariat. La grande question &#8211; comment le prol\u00e9tariat, notre sujet r\u00e9volutionnaire, face \u00e0 une crise \u00e9conomique, s\u2019engage \u00e0 d\u00e9truire le capitalisme et \u00e0 construire le communisme -reste sans r\u00e9ponse. \u00c0 moins que des progr\u00e8s soient accomplis sur cette question, la perspective d&#8217;un avenir communiste pour l&#8217;humanit\u00e9 &#8211; dans la mesure o\u00f9 elle est exprim\u00e9e en th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire &#8211; sera bas\u00e9e sur un v\u0153u pieux, et notre salut d\u00e9pendra d&#8217;une classe d&#8217;automates mus par l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>Les id\u00e9es de Marx offrent la seule voie \u00e0 suivre pour r\u00e9pondre \u00e0 la grande question &#8211; mais les efforts ne seront couronn\u00e9s de succ\u00e8s que si nous d\u00e9veloppons une approche marxienne revitalis\u00e9e qui vise \u00e0 \u00e9clairer l&#8217;interaction entre la nature du sujet r\u00e9volutionnaire et la dynamique du capitalisme; une approche marxiste qui peut expliquer \u00e0 la fois les perspectives de l&#8217;auto-activit\u00e9 du prol\u00e9tariat comme sujet r\u00e9volutionnaire, ainsi que les formidables obstacles qu&#8217;elle affronte dans le f\u00e9tichisme de la marchandise et la valeur-forme \u00e0 laquelle il est soumis par les rapports sociaux capitalistes. Voil\u00e0 pourquoi nous avons besoin d&#8217;une renaissance du marxisme.<\/p>\n<p>Dans ses derni\u00e8res ann\u00e9es Marx \u00e9tait soucieux de ma\u00eetriser les nouvelles d\u00e9couvertes dans les \u00e9tudes anthropologiques qui \u00e9taient fortement en expansion \u00e0 la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle et qui jettent plus de lumi\u00e8re sur la dynamique sociale dans les diff\u00e9rentes cultures, croyant \u00e9videmment qu\u2019elles pourraient contribuer \u00e0 d\u00e9velopper davantage sa th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire. Dans son introduction Les Cahiers ethnologiques de Karl Marx, Lawrence Krader conclut en disant: \u00abEn ce qui concerne l&#8217;avenir de la soci\u00e9t\u00e9, et les le\u00e7ons \u00e0 tirer du pass\u00e9, nous n\u2019obtenons aucune indication mis \u00e0 part le fait que nous pouvons travailler pour nous-m\u00eames.&#8221; Bien que les commentaires de Krader aient \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s vers un aspect de l&#8217;\u0153uvre de Marx, ils pourraient aussi bien \u00eatre adress\u00e9es au corpus dans son ensemble, contenant comme ils le font un leitmotiv pour une renaissance du marxisme: \u00abnous n\u2019obtenons aucune indication mis \u00e0 part le fait que nous pouvons travailler pour nous-m\u00eames. &#8221;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"10\">\n<li><strong> Pour l\u2019Organisation politique <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le terme \u00ab organisation politique du prol\u00e9tariat \u00bb \u00e9voque plus facilement les images du pass\u00e9 qu&#8217;une image du pr\u00e9sent et de l&#8217;avenir . Et ces images du pass\u00e9 sont clairement obsol\u00e8tes et souvent tr\u00e8s n\u00e9gatives. Alors pourquoi parler aujourd\u2019hui d\u2019\u00ab organisation politique \u00bb? Peut-on donner une autre contenu, plus positif, \u00e0 ce terme aujourd&#8217;hui?<\/p>\n<p><em>Dans le pass\u00e9<\/em><\/p>\n<p>Les marxistes de diff\u00e9rents types ont pr\u00e9conis\u00e9 diff\u00e9rents mod\u00e8les d&#8217;organisation. Le terme \u00ab organisation politique prol\u00e9tarienne\u00bb \u00e9voque immanquablement la vie sociale des partis d\u00e9mocratiques et les syndicats qui, au 19\u00e8me si\u00e8cle, ont organis\u00e9 et instruit la classe ouvri\u00e8re , et dirig\u00e9 la lutte pour les r\u00e9formes, pour une journ\u00e9e de travail plus courte, pour la limitation du travail des enfants et des femmes, etc. Le parti \u00e9tait un endroit o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, unifi\u00e9e et a pris conscience de son identit\u00e9 . Bien que cela \u00e9tait possible lorsque le capitalisme avait seulement une domination formelle sur la soci\u00e9t\u00e9, ce mod\u00e8le devient clairement obsol\u00e8te dans l\u2019\u00e8re de domination r\u00e9elle, lorsqu\u2019il p\u00e9n\u00e8tre tous les pores de la soci\u00e9t\u00e9 et absorbe toutes les institutions dans le tissu de son march\u00e9. Les partis de masse et les syndicats sont devenus partie int\u00e9grante du fonctionnement du capitalisme. Lorsque les choses se g\u00e2tent, ils d\u00e9fendent toujours le capital national, sa position concurrentielle, sa n\u00e9cessit\u00e9 de valoriser, son besoin de faire la guerre.<\/p>\n<p>Une autre image du pass\u00e9 est celle du Parti bolchevik, leader de la R\u00e9volution russe. La conception bolchevique \u00e9tait celle d&#8217;un parti, sur la base d&#8217;un cadre rigoureux de pro-r\u00e9volutionnaires professionnels qui pourraient prendre le pouvoir et de diriger l&#8217;Etat au nom des int\u00e9r\u00eats prol\u00e9tariens. Mais cet \u00e9tat a rapidement tourn\u00e9 contre les conseils d&#8217;ouvriers et de soldats et a r\u00e9prim\u00e9 la classe ouvri\u00e8re. Les partis communistes, regroup\u00e9s dans la Troisi\u00e8me Internationale, ont soutenu non le mouvement d&#8217;\u00e9mancipation du prol\u00e9tariat, mais les int\u00e9r\u00eats de l&#8217;Etat russe. Ce mod\u00e8le de \u00abparti au pouvoir\u00bb, qui se substitue au prol\u00e9tariat, qui reprend les rouages \u200b\u200bm\u00eames de l&#8217;Etat capitaliste, nous le rejetons, bien \u00e9videmment.<\/p>\n<p>A la fois les \u00abcommunistes\u00bb (l\u00e9ninistes) et les \u00absocialistes\u00bb (sociaux d\u00e9mocrates) visent \u00e0 conqu\u00e9rir l&#8217;Etat, soit progressivement et juridiquement, soit violemment, mais dans tous les cas, sous la direction de leur parti, qui ne d\u00e9truira pas l&#8217;Etat, mais visera \u00e0 mieux le g\u00e9rer. Le mensonge du \u00absocialisme dans un seul pays\u00bb a remplac\u00e9 les &#8220;Prol\u00e9taires n\u2019ont pas de patrie&#8221; du Manifeste communiste. Dans la Troisi\u00e8me Internationale, l&#8217;opposition ne provenait que des fractions de gauche qui ont continu\u00e9, de fa\u00e7on minoritaire, \u00e0 d\u00e9fendre une perspective r\u00e9volutionnaire et donc internationaliste, et ont \u00e9t\u00e9 par cons\u00e9quent rejet\u00e9 de la Troisi\u00e8me Internationale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;ils aient ce fondement pro-r\u00e9volutionnaire en commun, la Gauche communiste avait de nombreux d\u00e9saccords, en particulier sur l&#8217;organisation politique. La division a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement marqu\u00e9e entre la gauche italienne et la gauche germano-hollandaise. La premi\u00e8re a d\u00e9fendu, comme L\u00e9nine, que la r\u00e9volution exigeait la direction du Parti. M\u00eame si la plupart tiraient de la d\u00e9faite de la r\u00e9volution russe\u00a0 la le\u00e7on que le parti ne devrait pas s\u2019identifier \u00e0 l\u2019Etat, ils ont insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 de construire le Parti pour donner une direction \u00e0 la lutte. La Gauche germano-hollandaise a, d&#8217;autre part, affirm\u00e9 que les partis et les syndicats \u00e9taient des organisations obsol\u00e8tes du pass\u00e9; que le nouveau mouvement ouvrier \u00e9tait fond\u00e9 sur l&#8217;action spontan\u00e9e autonome et serait dirig\u00e9, non pas par des partis ou des syndicats, mais par des conseils ouvriers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, ceux qui pr\u00e9tendent les h\u00e9ritiers de la gauche italienne d\u00e9fendent encore la construction de leur Parti. Quant \u00e0 ceux qui se reconnaissent dans la tradition de la Gauche germano-hollandaise, la plupart d&#8217;entre eux ont conclu que, puisque les travailleurs seront contraints par des conditions objectives de renverser le capitalisme de toute fa\u00e7on, les organisations politiques sont superflues au mieux. Cette position, qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue par la gauche germano-hollandaise originale, mais qui n\u2019est pas incomptaible avec son cadre d\u00e9terministe, est connue comme \u00abconseillisme\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous rejetons aussi bien la construction du parti que le conseillisme. Les racines de ces erreurs sont th\u00e9oriques. Ces deux courants\u00a0 sont fond\u00e9s sur un sch\u00e9ma, fatalement simpliste, la compr\u00e9hension du changement historique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Et aujourd&#8217;hui?<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au moment de la domination r\u00e9elle du capitalisme, non seulement sur l&#8217;\u00e9conomie de la plan\u00e8te, mais aussi sur la vie physique, sociale, intellectuelle du prol\u00e9tariat, quel contenu peut-on donner \u00e0 l&#8217;expression \u00aborganisation politique\u00bb? Il est clair pour nous que son r\u00f4le n\u2019est pas d\u2019\u00e9duquer les travailleurs, ni pour diriger leurs mouvements, ou de formuler leurs revendications ou des slogans. Ni d\u2019\u00eatre les pom-pom girls de militants qui tentent d&#8217;attiser chaque feu, ou des universitaires qui purifient la th\u00e9orie pour elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment voyons-nous que notre r\u00f4le alors? En bref: d\u00e9velopper une th\u00e9orie marxiste li\u00e9e aux perspectives d&#8217;une praxis r\u00e9volutionnaire. Une th\u00e9orie qui rejette toute forme de d\u00e9terminisme ( \u00abla r\u00e9volution est in\u00e9vitable\u00bb), qui rejette toutes les visions t\u00e9l\u00e9ologiques ( \u00able prol\u00e9tariat a la mission historique de provoquer le communisme\u00bb), une th\u00e9orie qui r\u00e9v\u00e8le les conditions de changement r\u00e9volutionnaire, c\u2019est-\u00e0-dire, qui identifie les pr\u00e9suppositions mat\u00e9rielles d&#8217;une possibilit\u00e9 objective (le renversement du capitalisme, le communisme), et relie cela au processus de devenir du sujet r\u00e9volutionnaire, de la force sociale qui peut le faire. Ce processus n\u2019est pas pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, ce qui explique pourquoi le d\u00e9veloppement et la propagation de la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire a un sens, sinon il serait tout simplement du sable dans le vent. Sans ce processus, la possibilit\u00e9 objective de la r\u00e9volution ne signifie rien. La conscience est le facteur cl\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a ceux qui pr\u00e9tendent que la dure r\u00e9alit\u00e9 des horreurs du capitalisme fera de la r\u00e9volution un choix \u00e9vident. Qu&#8217;il deviendra limpide que le capitalisme est vou\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9chec et le communisme est la seule solution. Malheureusement, ce n\u2019est pas si simple. Bien que ces horreurs soient visibles \u00e0 tous, leur relation avec la relation sociale capital-travail, \u00e0 la forme-valeur qui fait de tout et de tout le monde une marchandise, est cach\u00e9 d\u2019une myriade de fa\u00e7ons. Cette relation est cach\u00e9e par des id\u00e9ologies, mais aussi par des pratiques sociales enracin\u00e9es, mises en forme par la forme-valeur, ce qui emp\u00eache l&#8217;imagination collective de voir au-del\u00e0 de la normalit\u00e9 capitaliste. Supprimer cette opacit\u00e9 doit \u00eatre l&#8217;objectif de toutes les organisations politiques pro-r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tout comme le prol\u00e9tariat d&#8217;aujourd&#8217;hui est plus fragment\u00e9 et diversifi\u00e9 qu&#8217;il ne l&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9, les organisations pro-r\u00e9volutionnaires le sont \u00e9galement. Elles viennent de divers horizons th\u00e9oriques: le marxisme, l&#8217;anarchisme, la th\u00e9orie de la communisation, etc. PI reconna\u00eet cette diversit\u00e9 et travaille en r\u00e9seau avec diff\u00e9rents groupes. Aucun individu ou groupe ne poss\u00e8de toute la v\u00e9rit\u00e9. L&#8217;organisation politique permet la confrontation des id\u00e9es, des r\u00e9seaux, des d\u00e9bats et la discussion \u00e0 partir de laquelle peuvent surgir de nouveaux \u00e9claircissements sur le capitalisme et son possible renversement. Organisations \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et des organisations structur\u00e9es \u00e0 long terme, r\u00e9unions occasionnelles et des d\u00e9bats r\u00e9guliers, toutes ces expressions peuvent \u00eatre utiles pour le d\u00e9veloppement d&#8217;une meilleure prise de conscience des d\u00e9fis aujourd&#8217;hui. Nous ne cherchons pas \u00e0 leur fusion en une seule grande organisation, mais nous encourageons la communication et la collaboration entre eux, et le regroupement quand il est logique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00abLes philosophes n\u2019ont jusqu&#8217;ici fait qu&#8217;interpr\u00e9ter le monde de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, le point est de le changer.&#8221; (Th\u00e8ses sur Feuerbach), une citation de Marx,\u00a0 ne signifiait pas que la philosophie \u00e9tait compl\u00e8te et les travailleurs doivent maintenant tout simplement l&#8217;appliquer \u00e0 changer le monde. Cela signifiait que la th\u00e9orie n\u2019est pas une fin en soi, qu\u2019elle est inutile si elle n\u2019est pas li\u00e9e \u00e0 l&#8217;action qui d\u00e9fie le monde capitaliste. La th\u00e9orie doit \u00eatre l\u00e0 o\u00f9 la lutte est. Par cons\u00e9quent, l&#8217;organisation politique doit viser \u00e0 participer activement aux luttes du travailleur collectif. \u00abParticiper\u00bb plut\u00f4t que \u00abintervenir\u00bb: au lieu de faire des interventions unilat\u00e9rales, nous cherchons \u00e0 participer \u00e0 la conversion de la r\u00e9sistance, dans laquelle la th\u00e9orie inspire et d\u00e9veloppe l&#8217;action, et est, \u00e0 son tour, inspir\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019action.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces luttes peuvent appara\u00eetre comme les gr\u00e8ves, les occupations et les \u00e9meutes. Elles peuvent \u00eatre des mobilisations de masse ou de petites affaires locales. La remise en question du capital et le rejet de sa logique sont encore en devenir. Ce n\u2019est que dans la lutte collective, que le questionnement conduit \u00e0 un rejet du capital, de la forme valeur, de la soci\u00e9t\u00e9 de classe, et son remplacement par une nouvelle soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est dans cette lutte que PI s\u2019est engag\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le capitalisme a en effet cre\u00e9 une unit\u00e9, mais c\u2019est une unit\u00e9 dans la s\u00e9paration. Elle a remplac\u00e9 les liens communaux avec des\u00a0 relations sociales dans lesquelles nous sommes tous des individus s\u00e9par\u00e9s chassant de la valeur. Bien que le processus de production est devenu continuellement plus social, nous restons des vendeurs concurrents de force de travail, s\u00e9par\u00e9s des moyens de production et des produits de notre travail, auxquels nous nous rapportons en tant que consommateurs individuels.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00a0L&#8217;hyper-industrialisation est la tendance \u00e0 transformer toute activit\u00e9 humaine en production de valeur, caract\u00e9ris\u00e9e par l&#8217;interd\u00e9pendance des march\u00e9s globaux et l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration permanente de tout le circuit du capital.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Marx, \u201cResults of the Immediate Process of Production,\u201d <em>Capital<\/em>, vol. 1, p. 1035 (Penguin edition)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0 \u2018Fordiste\u2019 pour nous veut dire, production de masse, bas\u00e9e sur la standardisation et la cha\u00eene de montage dans des grandes usines, integr\u00e9s verticalement. Cette forme de production commen\u00e7ait \u00e0 la\u00a0 fin du 19ieme si\u00e8cle et connut son apog\u00e9e dans les trois d\u00e9cennies apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u201cSociology and Empirical Research\u201d dans <em>The Positivist Dispute in German Sociology<\/em>, p. 8o.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Marx, <em>Grundrisse<\/em>, Penguin, 1973, pp. 749-750.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Marx, \u201cResults\u2026\u201d, op.cit., p.990<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Marx, \u201cR\u00e9sultats du proc\u00e8s de production imm\u00e9diat\u201d ibid, p. 1040.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\"><em><strong>[9]<\/strong><\/em><\/a><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Subjectivation<\/em>, un mot qui provient du du fran\u00e7ais <em>assujettissement<\/em>, utilis\u00e9 par Althusser et Foucault pour vouloir dire simultan\u00e9ment former et contr\u00f4ler le sujet. Le sujet humain n&#8217;est pas pre-form\u00e9, un \u00eatre <em>naturel,<\/em> poss\u00e9dant une essence a-historique, il est plut\u00f4t un \u00eatre produit historiquement, un \u00eatre socio-culturel, dont les caract\u00e9ristiques \u2013 par del\u00e0 les biologiques \u2013 sont une \u00e9manation des <em>rapports<\/em> sociaux dans lesquels il na\u00eet, qui l&#8217;ont form\u00e9, qui l&#8217;ont produit. Des caract\u00e9ristiques qui sont modifiables, transformables, par l&#8217;action ou <em>praxis<\/em> humaines.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0\u00a0 En fran\u00e7ais dans le texte.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">13<\/a>Marx et Engels, <em>L&#8217;Id\u00e9ologie allemande, <\/em>Editions sociales, 1966, p.135.\u00a0 Dans une critique de l&#8217;\u00e9conomiste allemand Friedrich List, le jeune Marx a dit \u00ab\u00a0&#8216;Le travail&#8217; par sa nature m\u00eame, est une activit\u00e9 non libre, inhumaine, asociale, d\u00e9termin\u00e9e par la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et qui cr\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.De l\u00e0 que l&#8217;abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ne deviendra une r\u00e9alit\u00e9 que quand elle sera con\u00e7ue comme abolition du &#8216;travail&#8217;&#8230;\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Brouillon d&#8217;un article sur le livre de Friedrich List <em>Das nationale System der politischen Oekonomie\u00a0\u00bb <\/em>dans <em>Marx and Engels Collected Works<\/em>, vol 4 (New York \u2013 International Publishers, 1965), pp. 278-279 [traduit par nous]<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">14<\/a>Karl Marx, <em>Le Capital\u00a0: Une critique de l&#8217;\u00e9conomie politique<\/em>, vol. 1 (Penguin), p. 290.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">15<\/a>Karl Marx, \u00ab\u00a0Critique des Programme de Gotha et d&#8217;Erfurt\u00a0\u00bb, Editions Sociales, 1966, p. 30.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">16<\/a>Ibid, p. 31.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">17<\/a>Ibid, p. 32.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">18<\/a>Voir https:\/\/bataillesocialiste.wordpress.com\/2014\/04\/11\/fondements-de-la-production-et-de-la-distribution-communiste-gic-1930\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir, entre autres textes, cette brochure des camarades du Cercle de Paris, qui ont quit\u00e9s la CCI en 2000:<\/p>\n<p>http:\/\/cercledeparis.free.fr\/indexORIGINAL.html, et notre examen de celui-ci dans Perspective Internationaliste 38.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Perspective Internationaliste n\u00b0 27 &#8211; 1994<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Le marxisme traditionnel, souvent pr\u00e9sent\u00e9 par ses partisans comme \u00absocialisme scientifique\u00bb, a constitu\u00e9 les bases th\u00e9oriques de ceux qui se nommaient \u00abmarxistes\u00bb, d&#8217;abord dans les partis social-d\u00e9mocrates, puis dans la Troisi\u00e8me Internationale et plus tard dans la Quatri\u00e8me Internationale, ainsi que dans le stalinisme, en d\u00e9pit des diff\u00e9rences politiques entre ces courants. Ses bases ont \u00e9t\u00e9 un mat\u00e9rialisme philosophique brut, \u00e9labor\u00e9 par Engels, qui pr\u00e9tend expliquer toutes les ph\u00e9nom\u00e8nes physiques et sociales, un <em>\u00e9conomisme<\/em> qui r\u00e9duit les id\u00e9es et les positions politiques \u00a0\u00e0 une expression directe des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, un vision <em>t\u00e9l\u00e9ologique<\/em> et <em>d\u00e9terministe<\/em> de l&#8217;histoire, dans laquelle le communisme est consid\u00e9r\u00e9 comme le successeur au capitalisme, <em>l&#8217;in\u00e9vitable<\/em><\/p>\n<p>r\u00e9sultat et la fin d&#8217;une succession <em>n\u00e9cessaire<\/em> de modes de production. Le marxisme traditionnel et la th\u00e9orie de Marx sont deux choses diff\u00e9rentes: La premi\u00e8re est utilis\u00e9e pour contr\u00f4ler et asservir la classe ouvri\u00e8re, la seconde est un instrument essentiel pour sa lib\u00e9ration. Il faut aussi noter que la gauche communiste historique a \u00e9galement\u00a0 retenue certains \u00e9l\u00e9ments de ce marxisme traditionnel dans son proper theorie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Depuis son d\u00e9but, Perspective Internationaliste (PI) a cru \u00e0 l&#8217;importance de la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire, parce que, \u00e0 notre avis, la r\u00e9volution communiste ne peut \u00eatre qu\u2019un acte conscient de transformation sociale, et non une aventure dans laquelle la classe ouvri\u00e8re tr\u00e9buche inconsciemment, pouss\u00e9e automatiquement par des crises et catastrophes. 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